LIVRE III. CHAPITRE V
poursuite; il n'eut que le temps de s'enfuir et de se mettre en sûreté'.
A Rennes, le P. de Clorivière ne savait trop à quoi se résoudre. 11 attendait des nouvelles de LimoClan. « Si j'en reçois de mauvaises, ou si je n'en reçois point, je crois que je me déterminerai à partir sur le cheval que mon frère m'a donné, en cas que j'en eusse besoin. Il me vient à l'esprit, ajoutait cet homme de foi, que Dieu a permis tout cela, afin de hâter mon départ pour un endroit où peut-filre ma présence sera plus utile qu'ici. »
Ce furent de mauvaises nouvelles qui arrivèrent; îl se mit en route sur le champ. Le voyage fut pénible et périlleux; il n'avait qu'un faux passeport que lui avait prêté un de ses amis, et qui néanmoins le tira d'affaire dans deux municipalités où on avait voulu l'arrêter. « Son bon ange, dit-il, le conduisit comme par la main, et il eut deux fois le bonheur i\g célébrer. 3» En arrivant à Versailles, il trouva toute la ville dans une étrange fermentation, parce qu'on venait d'y apprendre la nouvelle de l'évasion du roi. L'exaspération du peuple, habilement fomentée par les meneurs, était extrême, et l'on pouvait craindre qu'au retour du malheureux monarque elle ne se portât aux plus déplorables excès, a Les ordres sont donnés, écrivait le P. de Clorivière, pour que l'entrée dans Paris soit paisible, mais les ordres seront-ils exécutés?... Prions et souffrons. »
En effet les crimes succédaient aux crimes. Les hommes qui disposaient alors du gouvernement de
t. Histoire de la peraicution révolittionnaire e» Drelogne, par H. l'abbë Tabsvaux... T. I, p. 268.
la France poursuivaient leur guerre impie contre Dieu et contre son Eglise, et multipliaient leurs blasphèmes et leurs provocations sacrilèges. Le 30 mai, jour anniversaire de la mort de Voltaire, l'Assemblée décréta que les restes de cet impie seraient transférés au Panthéon. La cérémonie eut lieu le lundi li juillet. Le P. de Clorivière signale avec l'pouvante « ce triomphe infamant du plus grand cmiemi de Jésus-Christ. Il y a longtemps qu'on le disait, écrivait-il le jour même; je ne pouvais le croire; mais le mystère d'iniquité s'accomplit; on foule aux pieds Jésus-Christ; on déifie le vice et la scélératesse! »
Il s'était fixé en face du séminaire des Irlandais; il occupait une maison où il vivait « dans la solitude, et où il se trouvait très en repos au milieu du tumulte. » Pendant son absence, la Société naissante avait grandi; elle n'avait point eu jusqu'alors de nom propre; il en avait maintenant un à lui donner, celui de Société du Cœur de Jésus. Il en avait eu la pensée, et comme l'inspiration, à Limoëlan, à la dernière fête de la Pentecôte. Ce nom fut accueilli avec transport par tous les associés, comme une promesse de protection pour les jours mauvais qui s'annonçaient. C'était trois ans avant que la Société du même nom, fondée par l'abbé Toumely, prit naissance en Allemagne.
I, 'Archevêque de Paris, Mgr de Juigné, informé de CCS heureux débuts par Mgr de Pressigny et par M. l'abbé de Floîrac, grand-vicaire du diocèse, les encourageait de loin, et tout en recommandant « la plus grande circonspection pour ne s'adresser qu'à