LIVRE I. CHAPITRE II
et répondre aux exigences de Tamltié; la discrétion ne permet pas d'introduire les amis plus avant. Le F. de Clorivîère réservait pour son supérieur et pour son directeur la pleine manifestation de ses combats et de ses angoisses.
Ce sont d'abord les dures et humiliantes tentations du temps de sa philosophie qui le poursuivent avec plus d'importunité ; mais surtout, car cet ennemi domestique lui donna quelque répit vers la fin de sa régence, ce sont les tentations de la défiance et presque du désespoir qui le réduisent parfois à une sorte d'agonie. Elles provenaient surtout, on le devine assez, de son défaut de langue. Par moments, le mal avait paru faire trêve, et tout joyeux, le F. de Clorivière s'empressait d'annoncer la bonne nouvelle à son ami. Mais la trêve était de courte durée, et le combat recommençait bientôt, plus violent et plus acharné. Il nous semble retrouver la trace de ces luttes dans quelques-uns des cantiques composés à cette époque. 11 se plaint de la guerre que le démon a soulevée dans son âme; un voile épais s'est étendu sur ses yeux, et lui dérobe la vue du ciel et de Dieu. Mais le généreux athlète se relève ; il se fortifie par les grandes pensées de la foi, et loin de se laisser abattre, il se jette à corps perdu dans les bras de Dieu. Etrange condition de l'infirmité humaine prompte à subir toutes les impressions ! Ces élans rapides ressemblaient à des éclairs dans un ciel ténébreux ; l'instant d'après, la même réalité et les mêmes ennemis ramenaient la même tristesse et le même découragement. Il en vint à a croire, dit-il, que le plus grand service qu'il pût rendre à la Compagnie, c'était de la quitter. »
Il était encore sous le coup de ces désolations intérieures quand la persécution du dehors depuis longtemps menaçante, vint en quelque sorte combler la mesure et inonder son âme de douleur. Par arrêt du Parlement de Paris, les classes de tous les collèges de la Compagnie de Jésus situés dans son ressort furent fermées le l**^ avril 1762. Le F. de Clorivière se réfugia avec ses frères dans les exercices de la retraite, auprès de Dieu, Tauteur de toute force et de toute consolation. A la suite de cette retraite, il écrivait à son ami : « J'ai conçu le désir d'être à Dieu sans aucune réserve. » Il ne s'expliquait pas davantage ; mais on a retrouvé dans ses papiers une petite note qui achève sa pensée ; on lit en tête de cet écrit : a Vœu fait le jour de Pâques de l'année 1762. — Ad majorent Dei gloriam Virginisque Deiparœ. »
Ce vœu que nous pouvons sans témérité appeler héroïque a sa place marquée dans ces pages. Il porte sur un objet qui pourrait paraître de peu de conséquence, si nous ne savions que l'apôtre saint Jacques appelle parfait celui qui ne pèche point en paroles. C'est ce moyen de perfection que le F. de Clorivière aborde hardiment; et pour mieux protéger sa résolution contre l'inconstance et le laisser-aller, il la place sous la garde d'un vœu. Peut-être aussi, malgré le défaut qu'il tenait de la nature, avait-il besoin de surveiller les saillies d'une humeur un peu maligne et mordante.
Voici ce vœu traduit du latin : a Dieu Tout- Puissant et éternel, moi Pierre-Joseph de Clorivière, quoique je sois en toute façon très indigne de me présenter devant vous, appuyé néanmoins sur votre