‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 145 sur 315 · LIVRE IV. CHAPITRK · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRK

saint prêtre du diocèse de Chartres, appelé Simoa, qui se faisait passer pour instituteur. Pour éviter de donner l'éveil, les enfants qu'il avait rassemblés autour de lui avaient reçu la consigne de l'appeler ma tante. Avec la grâce de Dieu, le précieux secret ne fut jamais trahi. Mais l'école n'était qu'une œuvre secondaire destinée à voiler l'œuvre principale. Au besoin, M. Simon faisait tous les métiers. Il était fréquemment par voies et par ciiemins. Personne n'aurait pu le reconnaître dans le pauvre trameur que l'on rencontrait tout voûté dans les ruL's de la ville ou dans les sentiers de la campagne, un panier au bras, un bâton â la main. Il allait célébrer le saint sacrifice tantôt dans une retraite, tantôt dans une autre ; les gens du voisinage étaient avertis avec précaution, et pendant que les uns faisaient la garde aux abords du sanctuaire improvisé , les autres assistaient â l'oblation de la sainte Victime, entendaient la parole de Dieu et recevaient lo pain des forts.

Un jour, on vint le prévenir qu'un condamné à mort, touché du regret de ses fautes, réclamait le ministère d'un prêtre catholique. A cette époque, la persécution allait en diminuant, et la Terreur était sur son déclin; mais il n'y avait encore nulle sûreté à se montrer en public. Un des juges, qui connaissait la retraite de M. Simon, eut la pensée de l'introduire auprès du condamné, et il lui envoya deux soldats pour lui servir d'escorte. Quand on vit apparaître ces hommes armés, l'énioî fut grand dans le voisinage. La domestique accourt tout elfarée : « Monsieur, onvientvouschercherpourvous conduire

•JOè HISTOIRE DD P. DB CLOREVIÈHE

à la mort. — Eh bienl ma fille, répondit tranquillement le saint prêtre; il faut être prêt à accomplir la volonté de Dieu ; faites entrer ces messieurs ; utTrez-leur quelque chose, et assurez-les que dans un instant je serai à eux. » Il était alors occupé à entendre la confession de quelques fidèles. Quand il eut terminé, il alla se présenter aux soldats. Instruit du but deleurmisaion, il les suivit avec empressement et reçut les aveux du coupable. Touché des bonnes dispositions qu'il rencontra dans ce malheureux, il eut un vif désir de célébrer devant lui le saint sacrifice. Le juge qui l'avait fait venir, continuant ses bons offices, lui obtint rautorisation nécessaire. Cependant le bruit s'en répandit dans la ville, et une foule sympathique se porta du côté de la prison, à Ilots si pressésqu'ilfallut doubler les gardes. Quand l'homme de Dieu parut, des applaudissements et des acclamations retentirent; il fut reconduit en triomphe par ce pauvre peuple qui, depuis longtemps déjà regrettait sa religion et ses prêtres, et était heureux de saluer en lui un homme de cœur et un de ses meilleurs amis.

Un autre prêtre de la Société du Cœur de Jésus ne so signalait pas moins à Saint-Malo. Il avait été surpris à Paris par les événements d'août et de septembre 1792, et il n'avait échappé aux recherches qu'en se réfugiant, nous ne savons à quel titre, dans une demeure protégée par le nom d'un homme tristement célèbre, la maison d'une tante de Santerre. M . Vielle était âgé de vingt-sept ans ; il appartenait nu diocèse de Noyon, et était venu en Bretagne sur le témoignage qu'on lui avait donné dans son pays

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