‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 146 sur 315 · LIVRE IV. eHAPITBE H · texte numérisé non relu

LIVRE IV. eHAPITBE H

de l'hospitalité généreuse des Malouiiis, et dans l'espérance d'y travailler au bien des Ames. Il ne tarda pas à connaître la Société du Cœur de Jésus, et aussitôt il sollicita et obtint son admission. Sa vie A Saînt-Malo ne fut qu'une suite non interrompue d'actes de dévouement. Il se déguisait on portefaix, en matelot, en soldat, et chaque nuit, quelqueroiï^ môme pendant le jour, il allait au oiiovot des malades et des moribonds les consoler et les préparer au dernier passage.

Il demeurait chez une pieuse veuve, dont la maison était comme le sanctuaire des fidèles de tout le quartier et y célébrait tous les jours la messe. Le comité révolutionnaire en fut instruit, on ne sait comment, et envoya aussitôt une troupe de soldats se saisir du prêtre. M. Vielle était alors sorti pour porter à quelques malades les derniers sacreuienls. Les soldats fouillent toute la maison avec une impitoyable sévérité; on avait pu soustraire à temps le mobilier de la chapelle, mais un corpor»! s'était glissé parmi le linge de la pieuse veuve: a Ah! s'écrièrent les soldats; voilà pourtant un liage de prêtre! Il faudra bien qu'il rentre, s'il est sorti; ou que la faim lui fasse quitter sa retraite. )> Et un piquet s'établit dans la maison. Malgré la surveillance des gardes, M. Vielle fut averti et ne rentra pas. Mais la femme généreuse qui l'avait recueilli fut jetée en prison; elle y languit un an, et on eut bien dé la peine à la faire oublier des persécuteurs. M. Vielle voulait se livrer à sa place; on le retint; son sacrifice n'aurait fait qu'enlever aux fidèles leur dernier secours.

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Malgré sa présence d*esprit et la parfaite aisance avec laquelle il portait tous ses costumes d'emprunt, M. Vielle n'échappait pas à tous les yeux. Il passait un jour sur le Sillon, déguisé en matelot. Un enfant de treize ans Taborde, et d'un air résolu lui demande qui il est, et quels sont ses desseins. M. Vielle répond d'une manière évasive, croyant que cela suffirait à dérouter son jeune interlocuteur; mais celui-ci, jetant sur lui un regard plein d'assurance : « Vous êtes prêtre, dit-il; ne me trompez pas; on a besoin de vous chez mon père; venez-y*. » Cet enfant était Jean-Marie de la Mennais, le pieux fondateur des Frères de l'Instruction chrétienne. M. de la Mennais voua dès ce moment à M. Vielle une amitié respectueuse ; après son élévation au sacerdoce, il le suivit dans la Société du Cœur de Jésus, et cette liaison, commencée d'une manière si étrange et fidèlement entretenue pendant plus d'un demi-siècle, ne fut brisée que par la mort.

Les rencontres n'étaient pas toujours aussi inofîen* sives. M. Vielle est un jour arrêté comme suspect et conduit au poste pour y être interrogé. Il répond sans hésiter qu'il est prêtre et que, sans rien faire pour troubler le pays, il porte à ceux qui les réclament les secours de la religion. Cela dit, il reste calme et attend dans la paix ce que l'on fera de lui. On l'emmène en prison ; la prison était souvent le vestibule de l'échafaud. La nouvelle de son arrestation ne tarda pas à se répandre ; aussitôt, sans craindre de se compromettre, de nombreux amis s'interposent,

1. La Vie et les Œuvres de M. Jean- Marie Robert de La Mennais,.., par S. Ropartz... Gh. i, p. 20.

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