LIVRE IV. CHAPITFIE II
venin; il faut, autant qu'il sera possible, les ùter de» mains et de la vue des peuples, les vouer >\ l'exécration publique, et veiller surtout à ce que des instituteurs impies ne s'en servent point pour empoisonner l'esprit de leurs élèves. »
Avec de tels principes, le P. de Clorivière ne pouvait pas être favorable au serment dit de la liberté et de l'égalité.
Le iO août 1792, pendant que l'émeute assiégeait les Tuileries, l'Assemblée avait arrêté que ses membres prêteraient le serment de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et l'égolité, ou de mourir à leur poste. Le 14 août, elle décréta que tout français recevant traitement ou peusion de l'Etat serait censé y avoir renoncé, s'il ne justifiait que, dans la huitaine, il a prêté le serment d'être fidèle à la nation et de maintenir la liberté et l'égalité, ou de mouHr en les défendant. Le lendemain, un nouveau décret statua que ce serment serait prêté par tous les fonctionnaires publics.
Les prêtres constitutionnels ne pouvaient pas faire difficulté d'obéir; ils avaient déjà juré la Constitution civile du clergé. Mais des divergences éclatèrent parmi les prêtres demeurés fidèles; les uns condamnèrent le nouveau serment et refusèrent de s'y soumettre; les autres crurent pouvoir le justifier, et ils le prononcèrent; de là une longue et ardente polémique qui se continua pendant les plus mauvaises années de la Révolution.
Le P. de Clorivière se prononça résolument contre, parce qu'à ses yeux la liberté et l'égalité, dont IL était
question dans ce serment, n'étaient pas autres que la liberté et l'égalité proclamées dans la Déclaration des droits de l homme, et condamnées par le Souverain Pontife Pie VI, dans son Bref du 10 mars 1791. D'ailleurs, la majeure partie des prêtres et des fidèles avaient, dès l'origine, montré contre ce serment une sorte de répulsion instinctive. Aux Carmes, plusieurs prêtres avaient été massacrés parce qu'ils l'avaient refusé; quelques-uns au contraire avaient été mis en liberté, parce qu'ils avaient cru pouvoir le prêter. C'est en vain que quelques membres de l'Assemblée prétendaient lui donner une signification purement politique : tout protestait contre cette interprétation, et le Corps législatif, qui avait constamment refusé toute restriction et porté les peines les plus graves contre les récusants, et surtout les actes de cette Assemblée qui avait consommé toutes ses entreprises contre la religion au nom de la liberté et de l'égalité.
Ces discussions entre catholiques se ranimèrent encore plus d'une fois à propos des divers serments qui furent successivement imposés par le gouvernement de la République. Les sentiments se partagèrent, et à peu près dans le même sens que pour le serment de la liberté et de l'égalité. Le P. de Clorivière ne paraît pas être rentré dans la polémique.
Assurément ces divergences étaient regrettables : mais elles ne rompaient pas l'unité de la foi, et ceux-là même qui croyaient devoir accorder quelque chose à la difiiculté des temps, faisaient profession de la plus entière soumission à l'Eglise et au Pontife romain. Il y avait un abfme entre eux et les jureurs