‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 156 sur 315 · LIVRE IV. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CHAPITRE III

jugea utile de dresser d'abord un Mémoire destiné à être mis sous les yeux des évéques français réfugiés à l'étranger, et à provoquer de leur part une intervention favorable auprès du Vicaire de Jésus-Christ. Ce mémoire terminé, deux prêtres du Sacré-Cœur s'offrirent à le porter aux évoques qui étaient retirés en Allemagne et en Angleterre; ils se mirent en route au commencement de février 1799. Leur mission était difllcile. Celui qui se dirigeait du côté de l'Allemagne fut arrêté par la guerre qui mettait tout en feu dans ce pays, et dut rebrousser chemin; l'autre fut plus heureux ; il arriva à Londres à travers beaucoup d'ennuis et de périls.

•a II y avait alors en Angleterre, dit le P. de Clorivière, dix-sept évéques français. Cinq d'entre eux formaient à Londres un comité qui, en leur nom et au nom de leurs «ollègues, jugeaient Ica causes qui leur étaient rapportées. Le Mémoire fut présenté à ce comité; il y fut examiné, discuté de point en point, et unanimement approuvé. Tous admirent la bonne œuvre pour leurs diocèses respectifs. On voulait même en donner un acte par écrit; mais Mgr de Boisgelin, alors archevêque d'Aix, qui présidait au comité, les en dissuada, par la raison qu'ils étaient hors de leurs diocèses. C'est de lui-même, dit le P. de Clorivière, que j'appris ce fait, lorsqu'il élait archevêque de Tours et cardinal, o

Une approbation écrite et motivée eût sans doute été préférable; mais tel qu'il était, ce témoignage ne laissait pas d'être précieux. De nouvelles dilTicnlIés surgirent alors et fermèrent encore une fois au P. de Clorivière le chemin de Rome. La Révolution

française s'était rendue maîtresse de Tltalie et tenait le Saint Père prisonnier. A l'arrivée des troupes russes et autrichiennes accourues pour combattre les armées du Directoire et délivrer le Pape Pie VI, celui-ci, malgré son grand âge et son état de fatigue, fut emmené de force jusqu'en France et enfermé comme ^^rîson^iter d'Etat dans la citadelle de Valence, où il mourut en 1799. Un intervalle de près d'une année s'écoula entre sa mort et la nomination de son successeur. Enfin Pie VII fut proclamé Pape au conclave de Venise, le 14 mars 1800, et le 3 juillet de la même année, il fit son entrée solennelle dans la ville éternelle.

La route était enfin ouverte. Le P. de Clorivière s'empressa d'en profiter. Vers la fin de l'année, deux prêtres du Sacré-Cœur furent députés à Rome. (C'étaient MM. Astier, prêtre^du diocèse de Gap et Beulé, prêtre du diocèse de Chartres^) Ils furent accueillis du Souverain Pontife avec de grandes marques de bonté. Ils entrèrent aussi en relation avec un ecclésiastique français que la Révolution avait obligé de se réfugier en Italie, et qui leur rendit de grands services. C'était M. d'Auribeaud'Hesmivy,

1. On peut voir quelques détails sur la mission de MM. Astier et Beulé à Londres et à Rome, dans Touvrage « Correspondance diplomatique et mémoires inédits du cardinal Maury, 1792-1814, publiés par Mgr Ricard, » Lille, 1891, T. II, p. 61 et suiv. D'après le cardinal, ces Messieurs auraient assuré que leur Société comptait alors quatre-vingts membres, et qu'ils avaient « en France deux mille prosélytes prôts à se réunir à eux... » Nous ne savons si au moment où il composait ses mémoires, te cardinal avait le souvenir bien présent de ce qu'on lui avait dit dans la conversation; il est certain au moins qu'il se trompe en écrivant que la Société du Cœur de Jésus fut fondée en 1793 par le P. de Clorivière.

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