‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 158 sur 315 · LIVRE III. CHAPITRE Jll · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE Jll

rue Saint-Nicaise. où les conspira tturs avaient placé leur terrible engin, celui-ci fit explosioa quelques secondes plus tard, tua ou blessa pliiriieurs personnes et n'atteignit pas la voiture consulaire.

L'émotion fut grande à Paris. Les pn-miers soupçons se portèrent sur les Jacobins, anciens conventionnels et terroristes; Bonaparte en fit condamner un grand nombre à la déportation. Cependant la police recherchait avec activité les vrais coupahleS'. L"un d'eux, nommé Carbon, fut arrêté dans une maison où la pénitente du P. de Clorivière, l'amie constante et dévouée de tous les malheureux. M"" de Cicé, l'avait fait conduire quelques jours après l'attentat. Sur une recommandation qu'il avait surprise, Carbon s'était présenté chez elle comme un émigré rentré, en mesure d'obtenir sa radiation de la liste des émigrés, mais qui avait besoin de se tenir encore quelque temps à l'écart, avant de pouvoir rompre sans danger son incognito. C'est sur cette déclaration très acceptable, et dont rien ne pouvait fain- soupçonner la parfaite exactitude, que M'" de Cic- lui avait indiqué une retraite chez une personne amie.

Ce bon office lui valut son arrestation et une mise en accusation de complicité dans le complot du 3 nivôse. Tous ses papiers et toutes ses lettres furent saisis et portés au ministère public qui ne négligea rien pour y découvrir des traces de la prétendue «onspiration. Parmi ces papiers, plusieurs étaient de la main du P. de Clorivière. ].>■• plu.s, l'un des conjurés, signalé par les aveux de Carbon, était Joseph de Limoëlan, le fils de ce M. de Limoëlan, frère du P. de Clorivière, qui avait pris part, quelques

années auparavant, au plan de restauration monar* chique de la Rouairie, et avait été guillotiné à Paris le 18 juin 1793. Malgré la dénonciation de Carbon et les plus actives recherches de la police, Limoêlan parvint à s'enfuir. Dans quelle mesure avait-il fait partie du complot? Il serait difficile de le préciser, son procès n'ayant jamais été pleinement instruit. Quoi qu'il en soit, le P. de Clorivière, son oncle, jugea prudent de se dérober pour un temps, et il sortit de Paris.

M"* de Cicé fut enfermée au dépôt de Sainte-Pélagie, avec les femmes perdues. Elle y entra l'air radieux, pleine de la joie d'avoir à souffrir pour Notre-Seigneur et fermement résolue à ne rien dire qui pût être préjudiciable à qui que ce fût, quelles qu'en dussent être les conséquences pour elle-même. L'auteur de sa vie a résumé en quelques mots ses occupations pendant ces tristes jours. Elle faisait à ses heures ses exercices de piété, comme si elle eût été seule dans son oratoire ou au pied de l'autel; puis elle donnait un libre cours à son zèle et à sa charité. Elle consolait ses compagnes de captivité, les instruisait, leur faisait même quelques aumônes; puis, pour les ramener peu à peu à la religion et réveiller dans leur cœur quelques étincelles de foi, « elle leur lisait et leur développait les paraboles du P. Bonaventure ; elle leur faisait chanter des cantiques ; elle leur inspira même si bien le goût de ce pieux exercice, qu'après qu'elle fut sortie, elles continuaient d'en chanter encore. »

Pendant ce temps-là, son procès s'instruisait. M. Bellart, avocat du barreau de Paris, et plus tard

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