‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 159 sur 315 · LIVRE IV. CHAPITRB IV. :W · texte numérisé non relu

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procureur-général à la Coup royale de Paris, fut sou défenseur. Ce procès fit sa répiitalioii; il eut un immense retentissement en France. Dans un magnifique plaidoyer, qui retint le jury deux séances entières, M. Bellart dissipa toutou Ifs prOventions et toutes les charges habilement dirigées contre sa cliente par le ministère public. Il prouva que M"' de Cicé n'avait eu, ni de près ni de loin, aucune connaissance du complot; qu'en obligeant un des conjurés, elle avait eru ne rendre qu'un service légitime à un malheureux; que les lettres et papiers saisis chez elle n'avaient aucun Irait à des préoccupations politiques quelconques.

L'éloquent orateur traçait une peinture animée des œuvres de M"* de Cicé. Mais les témoignages vivants de sa charité inépuisable étaient sous les yeux du tribunal et des jurés. Plus de deux eents témoins, hommes et femmes, sans distinction de parti, étaient accourus des différents quartiers de la capitale pour déposer en faveur de leur bienfaitrice; c'étaient des pauvres, des infirmes, des mollicureux de toute espèce; d'une commune voix, tous iléclarèreiit qu'ils devaient à M"* de Cicé la vie, on du moins des consolations et l'adoucissement de leurs maux, et M- Bellart put dire avec vérité w que, s'il eiH été possible de faire comparaître tous les témoins qui s'offraîentenfaveurde l'innocence d'.-Vdélaïde de Cicé, l'eneeinte du tribunal n'aurait pas été assez vaste pour les contenir. »

M"* de Cicé fut acquittée et remise en liberté. Cette sentence était tout à la fois la glorification éclatante de son dévouement et la constatation juri-

dique de son innocence; mais si elle échappait aux rigueurs et aux vengeances du pouvoir, elle demeura en butte à ses soupçons. La police s'obstina à voir des points obscurs dans cette affaire. Quel était cet homme qui avait peut-être recommandé le malheureux Carbon à M"" de Cicé, et dont celle-ci avait toujours absolument refusé de dire le nom , en se bornant à affirmer qu'elle était aussi assurée de son innocence que de la sienne propre^? Ses com-

1. Sur ce point, W^^ de Cicé garda le silence, avec son avocat comme elle Tavait gardé avec le juge d'instruction. Ce silence pouvait avoir les conséquences les plus graves, et la conduire même à Téchafaud. Elle ne Tignorait pas; mais elle fut inébranlable. On a trouvé, raconte le P. Guidée, dans les papiers de M. Bellart, une note où il raconte le stratagème qu'il crut devoir employer pour essayer de faire parler celle qu'il voulait sauver à tout prix : « Je résolus, dit-il^ de profiter de la crainte de mourir que je découvrais dans ma malheureuse cliente, pour l'engager à renoncer à son dessein de taire pour toujours le nom qu'elle ne voulait pas prononcer. Je la sollicitai, la priai, la pressai, la conjurai. Elle me fît une question : « Et que m'arrivera-t-il donc, me dit-elle, si je continue à ne pas parler? — La mort. Mademoiselle, luicriai-je. — La mort! > répétât-elle avec un mortel effroi. Ses traits se contractèrent, les convulsions la saisirent, elle tomba raide sur le pavé. Qu'on juge de mes regrets et de mon embarras. Nous lui donnâmes des secours; elle revint peu à peu, enfîn elle ouvrit les yeux, a Mon Dieu, » dit-elle, et ce furent ses premiers mots, « pardonnez-moi ma faiblesse, la nature me trahit: j'ai peur de mourir; n'importe! ma volonté me reste. Je mourrai, s'il le faut; mais je ne livrerai pas un innocent à la justice... » (Vie du P. Varin, 2e édit., p. 124, note.) M. Bellart disait, quelque temps après, à un évéque, que ce qui l'avait surtout animé dans son plaidoyer, c'était cette admirable fermeté de sa cliente, et ce refus invincible de compromettre des innocents dans cet horrible procès. — Cependant la police crut avoir réussi dans ses investigations, et le P. de Glorivière fut accusé d'avoir usé de sa recommandation pour procurer un refuge à Carbon. Cette accusation n'a jamais été prouvée; mais l'eût-elle été, qu'on ne pourrait en conclure autre chose, sinon que le P. de Clorivière et M"« de Cicé ont

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pagnes de captivité, M°" de Gouyon t't ses filles, arrêtées avec elle, furent retenues en prison.

Ainsi cette déplorable allai rp n'était point finie, et M"* de Cicé fut soumise en secret à ce système de surveillance inquiète et jalouse auquel sont assujettis, par jugement, certains condamnés libérés. Toutes ses démarches furent suivies, ses correspondances observées avec soin; on alla même jusqu'à lui adresser des lettres compromettantes, dans l'espérance qu'elle se trahirait enlîn et donnerait gain de cause aux soupçons persistants de la police. Eh face de cette persécution occulte et acharnée, le séjour à Paris n'était plus possible. M"' de Cicé se relira à Rouen. Le P. de Clorivière s'y était aussi réfugié. C'est là qu'il apprit l'heureuse issue des démarches faites à Rome, et l'approbation du Souverain Pontife-

Pour se conformer aux intentions du Saint Père qui plaçait la Société du Cœur de Jésus sous l'autorité des

élé trompés touB deux de la même mnnière <?[ aussi innocemment l'un que l'autre. De fait, en 1807, le P. do Clorivière étant en prison danslaTourdu Temple, par une suite lointaine de celle triste affaire, rend compte d'un entretien qu'il eut sur ce sujet avec M. Desmarets, secrétaire de la police, a Je déclarai, dit-il, que jamais je n'ai vu, ni connu cet homme, maie que, n'ayant aucun sou|i(;on sur son compte,' il est très possible que, sur ce qu'on m'en a dit, je me sois intéressé à lui et que je l'aie recommandé h d'autres... Quand je serais l'homme qui aurait conseillé une bonne ceuvre, une œuvre de charité, elle n'aurait rien qui fût contre moi. — Mais, m'a dit le secrétaire, cela aurait de quoi donner, faire nalCre des soupçons. ^ Cela peut étre^ mais ils étaient sans fondement. J'ai toujours dit, et je dis encore, que je n'ai su l'affaire que par la voix publique, après l'explosion; que je n'ai va, ni connu aucun des prévenus; que je n'ai écrit k aucun d'eu»; qu'on avait eu en main mes lellres et papiers, qu'il ne s'y était rien trouvé à ma charge, que jamais on n'avait rien prodtiit qui favorisât le soupçon, lien a convenu... »

Ordinaires, il composa deux nouveaux Mémoires, dont Tun était adressé au cardinal Caprara, légat du Saint-Siège à Paris, et l'autre à tous les évêques de France. Le cardinal et plusieurs évêques lui répondirent d'une manière favorable, et promirent qu'ils s'occuperaient ex officio de l'objet de ces Mémoires, dès que le concordat aurait été publié. En effet, le concordat était la grande affaire qui préoccupait alors tous les esprits. Après de longs et pénibles débats où le plénipotentiaire du Saint-Siège eut à défendre, pied à pied, les droits de la religion catholique et du Vicaire de Jésus-Christ contre la violence qui voulait l'intimider et l'astuce qui cherchait à le surprendre, la convention entre Sa Sainteté et le gouvernement français fut signée à Paris, le 15 juillet 1801, et ratifiée à Rome, le 15 août suivant.

Quelques années auparavant, sous le règne même de laTerreur, le P. deClorivière, indiquant les remèdes qu'il conviendrait d'appliquer, au retour de la paix, pour guérir les maux de l'Eglise de France, avait placé, on s'en souvient, un concordat au premier rang de ces mesures de restauration religieuse; il avait même signalé quelques-uns des sacrifices que l'Eglise pourrait être appelée à faire pour le bien de la paix. Mais il ne lui était pas venu en pensée que ces sacrifices dussent être aussi considérables et que le Pape, pour sauver la religion catholique en France, dût se contenter de la déclaration qu'elle était « la religion de la grande majorité des citoyens français, » et acceptât de voir l'exercice de son culte soumis « aux règlements de police que le gouvernement jugerait « nécessaires » pour la tranquillité publique. »

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