‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 16 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE II

traîtres à tous les devoirs. C'est à l'époque où le F. de Clorivière vint à Compiègne que la persécution, depuis longtemps commencée, s'accentue davantage. Les exploits de Pombal avaient stimulé le zèle des philosophes unis aux jansénistes et aux Parlements, et exalté leurs espérances. En vain les évéques avaient essayé de défendre l'Ordre incriminé; en vain dans leurs grandes assemblées ils avaient confirmé, d'une voix presque unanime, le témoignage qui lui avait été décerné à sa naissance par le concile de Trente; sa perte était jurée.

Le 18 avril 1760 le Parlement de Paris fit paraître un arrêt contre les Congrégations de la Sainte Vierge. Personne jusqu'alors ne s'était avisé de voir un danger pour le repos public et pour la sûreté de l'Etat dans ces pieuses associations, où le désir d'honorer en commun la Mère de Dieu enrôlait seul une élite de chrétiens. Mais la haine est habile à forger des périls imaginaires. Cet épouvantail sera soigneusement conservé, et quelque demi-siècle plus tard, il sera remis au jour, pour provoquer les mêmes terreurs hypocrites et les mêmes rigueurs réelles.

L'arrêt de suppression ne fut signé qu'au bout de six mois, comme si le Parlement lui-même avait rougi de ses feintes alarmes. Ce n'était qu'un prélude. Le procès du P. de la Valette vint bientôt fournir aux ennemis de la Compagnie le prétexte dont ils avaient besoin pour ouvrir une campagne décisive.

A la suite d'un violent réquisitoire de l'abbé Chauvelin, le Parlement ordonna qu'il serait déposé au greffe un exemplaire des Constitutions de la

Compagnie. Quelques mois plus tard, le 6 août 1761, le Procureur général au Parlement fut reçu appelant comme d'abus de toutes les Bulles ou Brefs des souverains Pontifes en faveur de la Compagnie. Défense fut faite de recevoir aucun novice, et vingtquatre ouvrages, sortis de la plume des Jésuites, furent condamnés à être lacérés par la main du bourreau et brûlés sur la place publique, comme séditieux, destructifs de la morale chrétienne et enseignant une doctrine meurtrière ^

Pendant ce temps-là, s'élaborait avec une fiévreuse activité la grande machine des Assertions, monument de haine et de mensonge, où Ton a relevé plus de sept cents textes falsifiés. C'était manifestement une guerre à mort.

Toutes ces nouvelles arrivaient coup sur coup dans les collèges et maisons de la Compagnie ; elles y causaient plus de tristesse que de surprise et d'épouvante. Le 19 août, deux semaines après le fameux arrêt du Parlement, le F. de Clorivière écrit au F. Fleury :

« C'est à présent que nous pouvons montrer notre courage et notre foi : prions avec ferveur pour ceux

1. L*opinion se passionnait outre mesure à ces débats, et comme toujours, elle prenait surtout parti pour le scandale et pour la violence, a L'empressement à se procurer Tarrêt du 6 août, racontent les Nouvelles ecclésiastiques, fut incroyable. Le vendredi, à dix heures du soir, les carrosses remplissaient encore Tétroite rue de la Harpe, où demeurait Simon^ l'imprimeur du Parlement, à l'enseigne de rilercule. On enlevait les feuilles aux ouvriers à mesure qu'elles sortaient de dessous la presse ; on les arrachait pour ainsi dire aux colporteurs. Le dimanche, Simon les vendait encore 24 sols; on les vendit dans les rues jusqu'à 3 livres. Simon gagna plus de 30,000 livres. » {Cf, Emond. Histoire du collège de Louis-le-Grand.)

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