LIVRE IV. CHAPITRE IV
de Pressigny; et cependant, à la date du 5 avril 1802, le P. de Clorivière écrivait encore : « Ma position est toujours critique, n II avait cru pouvoir revenir à Paris au mois d'août 1801. Mais il s'y tenait dans une situation efTacée, et sa retraite n'iUnit guère moins profonde que pendant la Révolution. La ProvidL'nce lui ménagea une issue pour se dérober à l'iiiquisitiou persistante dont il était l'objet.
Parmi les prêtres du Sacré-Cœur était un ancien missionnaire des Indes, qui avait fait partie de la Société des Missions étrangères, ,M. l'abbo Perrin. Cet ecclésiastique avait toutes les qualités qui assurent les succès d'un ouvrier apostolique : nu zèle ardent, une foi vive, un corps endurci à la fatigue, une taille imposante, une voix forte, une parole facile et pittoresque, animée par li's souvenirs de longs voyages. L'archevêque d'Aix l'invita à venir travailler dans son diocèse. M. J'enin accepta et, de l'agrément du prélat, il choisit \r P. de Clorivière pour compagnon. Mgr de Cicé et sa sœur qu'il avait invitée à l'accompagner, prirent les devants et arrivèrent en Provence au commencement de juillet; le P. de Clorivière et M. Perrin partirent un pou plus tard, et attendirent à Lyon que rarclievéquc leur fit signe de venir. Comme l'appel lardait à se faire entendre, ils eurent la pensée d'aller mettre leur mission sous la protection d'un grand apôtre.
Le 31 décembre 1640, dans un village reculé des montagnes du Vivarais, un reliai) nx. digne émule de saint François-Xavier et comitte lui enfant de saint Ignace et de la Compagnie de Jésus, avait terminé sa course glorieuse; et depuis ce jour, il
n'avait point cessé, par la mémoire toujours vivante de sa charité et de ses héroïques travaux, et par la vertu prodigieuse communiquée à ses restes, d'attirer à lui les foules et de continuer au milieu d'elles les leçons de son apostolat. Tous les sentiers de ces Apres régions se sont aplanis sous les pas des générations de pèlerins qui, depuis plus de deux siècles, montent sans se lasser et en caravanes toujours plus pressées, au village désormais célèbre de la Louvesc, et au tombeau glorifié de saint Jean-François Régis. Le P. de Glorivière et son compagnon voulurent faire ce voyage en vrais pèlerins. Après avoir descendu le Rhône en bateau jusqu'à Vienne, ils prirent leur route à pied à travers les montagnes. La chaleur était accablante. Après plusieurs haltes, ils arrivèrent , le troisième jour, au terme de leur longue ascension. M. Perrin, exercé à la fatigue et dans la force de l'âge, avait fourni la course sans trop de peine; mais le P. de Glorivière sur qui pesait déjà le poids des années, arriva « plus mort que vif, dit-il, et fatigué au delà de ses forces. » Pour ne pas être privé de la consolation de célébrer la sainte messe au tombeau de saint François Régis, il avait fait le dernier jour trois longues lieues à pied et à jeun. Son courage fut sur le point de le trahir ; il dut se jeter sur un lit de feuilles sèches, et ensuite se faire assister et soutenir à l'autel pour prévenir tout accident. Les consolations dont il fut inondé, et l'abondance de l'esprit apostolique qui se répandit du cœur de l'apôtre dans le sien, le récompensèrent avec usure de sa générosité. Ce lui fut aussi une joie vive « de voir la grande dévotion des peuples de ces montagnes. » Comme il