‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 169 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE

suivirent. Aucune charge n'avait pu être relevée contre le P. de Clorivière ; les regards les plus pénétrants avaient vainement interrogé ses plus secrètes pensées; son innocence éclatait au grand jour. Mais « les ordres venus de plus haut » voulaient que, coupable ou non, il fût privé de sa liberté. Il fut emmené de la Conciergerie à la Force, et de là, après un court séjour, conduit à la prison du Temple. On comprend les pensées que la vue de ces vieilles - murailles éveilla dans son ftme. Ici avaient soufTert. et pleuré, avant de gravir les degrés de Téchafaud, un roi et une reine qui avaient commencé par être les idoles de leur peuple; ici s'était éteint, sous les coups d'une brutalité calculée, un enfant qui devait ceindre un jour la plus belle couronne du monde ; d'illustres princesses avaient donné, au sein des plus extrêmes infortunes, d'incomparables exemples do foi chrétienne, de tendresse filiale, de courage et d« dévouement. La trace de tant de larmes était à peine effacée, et il semblait qu'on entendait encore les échos de tant de scènes douloureuses et déchirantes qui s'y étaient déroulées. On lui donna la chambre même occupée parle malheureux Louis XVI.

Le Temple était devenu une prison d'Elat. Il regorgeait alors de détenus politiques, impliqués pour la plupart dans l'affaire de la conspiration de Georges Cadoudal, de Moreau et d« Pichegru contre Napoléon. Au moment où s'ouvrirent les débats publics du procès, Moreau, Cadoudal et les principaux accusés, furent transférés à la Conciergerie. Le jugement fut prononcé le 10 juin; il condamna Moreau à deux années d'emprisoiinemeut, Georges

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Cadoudal et dix-neuf de ses compagnons à la peine de mort. Napoléon fît grâce à quelques-uns; mais la sentence suivit son cours contre Georges et la plupart des siens; ils furent exécutés le 24 juin. Ce dénouement implacable ne devait-il pas terminer la cause? Le P. de Ciorivière crut pouvoir l'espérer un instant; il se flatta même de la pensée a qu'il serait renvoyé absous sans jugement et sans examen ultérieurs. » L'illusionne fut pas de longue durée.

Cependant, on s'occupait de faire des démarches pour obtenir sa mise en liberté. L'évéque de Rennes, Mgr de Maillé, avait imaginé un plan très habile et. dont le succès paraissait certain : a J'en suis bien reconnaissant, répond le P. de Clorïvière; mais on est ici dans la persuasion qu'il y a une mesure générale, et que personne ne sortira qu'après le couronnement, » Cette cérémonie eut lieu le 2 décembre, à Notre-Dame, au milieu d'un éclat et (l'une pompe extraordinaires. Des hauteurs de la Tour du Temple, on put contempler les brillantes illuminations de la capitale et entendre le bruit des réjouissances populaires; mais les portes de la sombre prison demeurèrent fermées; la clémence da souverain ne s'étendit pas aux captifs. II restait une autre espérance. Ce que refusaient des préventions obstinées et une politique inexorable, la faveur et une intervention bienveillante pourraient peut-être l'obtenir. Le Pape Pie VII était à Paris; il apparaissait comme l'image même de la bonté; le peuple se précipitait en foule devant ses pas pour le vénérer et recueillir ses bénédictions ; d'autre part, le nouvel empereur affectait une sorte dintimité dans ses

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