‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 177 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE I

comme elles devaient l'être par la nièce du P. de Clorivière; mais le comte s'animant : a C'est un vieux fou, répéta-t-il; il ne sortira pas; il bavarderait. » Là-dessus, il se leva et termina l'audience. M"* d'AUérac eut l'autorisation d'aller voir le prisonnier. Elle ne lui cacha pas l'insuccès de ses démarches, et la façon plus que brusque avec laquelle on les avait écartées. Le vieillard n^ pouvait pas en être surpris; en entendant l'épithète dont il avait été gratifié par le directeur de la police, il se contenta de répondre, en hochant doucement la tète : ce Pas si fou que lui, ma nièce, pas si fou que lui^ »

1. Nous devons le récit de cette entrevue à la bienveillance de M. Frédéric de Pioger, ancien député du Morbihan, arrière petitneveu du P. de Clorivière par sa femme^ petite-fille deM^ne d'Allérac. Mais que signifie cette parole : ce il bavarderait? » Les conjectures pourraient aller loin, sans peutrétre rencontrer juste. On peut se rappeler seulement qu'à cette époque, après l'exécution du duc d*Engbien, la Tour du Temple, à deux reprises différentes, en avril i804 et en octobre 1805, fut témoin de deux moi^s subites qui préoccupèrent vivement l'opinion et furent regardées, malgré les efforts de Real pour faire croire à des suicides, comme une suite du drame de Yincennes. Le 6 avril 1804, un mois environ avant l'incarcération du P. de Clorivière, le général Pichegru, complice de Georges Cadondal, fut trouvé mort dans son lit avec une corde au cou. On publia qu'il s'était étranglé, mais cette assertion trouva des incrédules, dans le Temple et en dehors du Temple. (Voir les Mémoires de Fauche^Borel, T. III, p. 124 et seqq,, alors prisonnier du Temple-, et Crétineau-Joly. La Vendée Militaire, T. IV, ch. iv, etc..) Thiers et d'autres nient qu'il y ait eu un crime.

PichegrUy Cadoudal et leurs complices avaient été débarqués à la falaise de Biville, par un capitaine anglais, Wesley Wright, commandant de la corvette le Vencego . Wright fut fait prisonnier plus tard et enfermé au Temple. Le 26 octobre, il fut aussi trouve mort dans son lit, la gorge coupée avec un rasoir. Etait-ce un meurtre, était-ce un suicide? Fauche-Borel {Mémoires, T. III, p. 198), mis en liberté

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Ce résultat ne permettait pas de compter beaucoup sur l'heureuse issue du rapport de M. Uesmarets, et BUr la bienveillante intervention de l'évOque de Rennes. La négociation ne fut pas cependant tout à fait rompue : car, à la date du 4 octobre, le Ministre de la police, enfm gagné, parait-il, devait lui-même présenter à la signature de Napoléon un rapport très favorable, peut-être celui do M. Desmarets. <c C-'est aujourd'hui, écrit le P. de Clorivière, que mon

depuis quelque temps, dit que c'est un crime, et il cite en témoignage l'article consacré au malheureux capitaine dans la Biographie univertelU de Hichaud. Le P, de Clorivière était voisin de chambre de Wright. Avait-il une connaissance exacte de ce qui s'était passé, et la police impériale avait-elle à craindre des révélalioas compromettantes de sa part? Nous trouvons peu de chose à ce sujet dans sa correspondance. Les lignes qu'il leur consacre, .adressées du Temple i une personne compromise elle-même, et à cause de celle situation forcément aoumisesàune réserve scrupuleuse, ne sont pas décisives, mais nous aimerions qu'elles servissent !i décharger d'un crime une mémoire sur laquelle pèsent assez d'autres accusations.

Le 22 octobre, quatre jours avant la catastrophe, il écrivait : a II y a eu ici quelque bruit ; mais cela n'e»t pas parvenu jusqu'à moi ; plusieurs ont été mis au secret... d Et un peu plus tard : • Les journaux ont parlé d'un triste accident arrivé au Temple et dont je n'ai voulu parler jusqu'à présent à personne, parce que ce sont des événements qui ne sont bons qu'à être oubliés le plus tôt qu'on peut, parce qu'il n'y a point de remède it y apporter. Le pauvre capitaine anglais était mon plus proche voisin; il n'a pas eu le courage de supporter son malheur et celui de son parti... "

Ces deux faits donnent-ils une explication suriisanle de la parole : « Il ne sortira pas; il bavanlerait? « Evidemment, cette parole répondait à un sens dans la pensée du Conseiller d'étal. On peut croire, en dehors même de ces événemenis plus retentissants et plus incriminés par l'opinion, que dans le cours de sa longue et injuste détention, et de ces tracasseries persécutrices dont il était l'objet depuis sept années déjà, le P. de Clorivière avait été le témoin de plusieurs choses que le directeur de la haute police ne voulait pas exposer aux hasards d'une divulgation publique.

sort doit être décidé; prions : le jour est fa%'orable. C'est le jour du saint Rosaire, Notre-Dame de la Victoire. Si l'Empereur ratifie la chose, il est probable que mardi serait le jour de ma sortie : FialDei voluntas! »

La volonté de Dieul II a raison de ne s'attacher qu'à elle et de ne pas compter sur les hommes. Aucune réponse ne vint; le rapport ne fut pas même présenté. Il faudra que ces vieilles tours du Temple, odieuses au nouvel Empire, tombent sous la pioche des démolisseurs, pour que le prisonnier ranime do nouveau ses espérances.

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