LIVRE V. CHAPITRE II
la Compagnie de Jésus en France, le P. de Glorivière, alors jeune régent au collège de Compiègne, avait sollicité et obtenu la faveur de se nourrir tous les jours « du pain des forts et des faibles, des ricbes et des indigents. x> Plus tard, enseveli pendant les jours sanglants de la Terreur dans son obscur réduit de la rue Cassette, il n'avait pas été privé de cette suprême consolation des persécutés et des martyrs, et chaque jour il avait offert à Dieu la sainte. Victime. Le Temple lui fut plus rigoureux que ta Terreur; pendant plusieurs années, il fut' condamné à rester éloigné de l'autel. Le bienfait de la restauration religieuse ne s'était pas encore étendu aux maisons de détention, qui demeuraient sans sacrifice et sans prêtre.
En mettant le pied dans sa prison, sou premier soin avait été de s'enquérir si, avec la permiâsion de l'autorité ecclésiastique, it ne pourrait pas célébrer la sainte messe; il avait même sondé là-dessus le concierge. Mais celui-ci ne crut par pouvoir rien accorder, à moins d'une permission expresse. Or, « on ne pouvait guère espérer du gouvernement cette permission positive, parce que, disait le P. de Cloriviëre, ou nous sommes coupables à ses yeux, ou du moins des vues politiques demandent qu'on nous fasse passer pour tels'. » 11 n'est pas douteux que ce fût là la plus rude épreuve de sa captivité, a Voilà déjà plus de trois ans que je suis privé du bonheur de monter à l'autel, » écrit-il le 28 juin 1807 ; mais il se soumet au bon plaisir de Dieu : « Faire la volonté
de Dieu en souffrant, ajoute-t-il, supplée abondamment à toutes les privations. »
On ne peut se défendre, en entendant ces paroles, de penser à d'autres captifs plus voisins de nous, frères du P. de Clorivière par la profession religieuse, comme lui enfants de saint Ignace et de la Compagnie de Jésus et qui, du fond de leurs cachots, vestibule de Tarène du martyre, exhalaient en plaintes touchantes le regret presque inconsolable de ne pouvoir plus offrir le saint sacrifice. Mais, ô merveilles de la charité chrétienne qui est toujours la même parce qu'elle jaillit toujours de la même source, le Cœur de Jésus-Christ ! Quand les confesseurs des premiers siècles attendaient dans d'obscures et horribles prisons les supplices de Tamphithéâtre ou de Téchafaud, des prêtres, des diacres, quelquefois de jeunes enfants, leur apportaient en grand secret et à travers mille périls, le Dieu qui Tîonsole et qui fortifie. Cet héritage de foi et de charité s'est perpétué dans l'Eglise. Qui ne se souvient avec reconnaissance et attendrissement de l'avoir vu recueillir de nos jours par des mains aussi industrieuses que dévouées ? L'un des premiers disciples du P. de Clorivière, M. Cormaux, n'avait-il pas été, en dépit des gardes placés par une Terreur soupçonneuse aux portes de son cachot, l'objet des mêmes pieuses et intrépides sollicitudes? Éhbien! le Temple fut, comme Mazas, comme les prisons de Versailles et de Rome païenne, visité parle Dieu de l'Eucharistie; la cellule du captit se changea en un oratoire et un sanctuaire, et la communion adoucit les privations de l'autel.
Bien que la paix religieuse fût rétablie et que les