‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 180 sur 315 · LIVRE V. CHAPITHE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITHE II

églises fussent librementouverles, ct'poiidaiil il fallait s'entourer de mystère pour faire arriver au prisonnier les hosties consacrées. On les glissait aven respect au milieu de provisions diverses. Les bons anges veillaient avec sollicitude sur les pas de la messagère chargée de ce précieux dépôt. Une fois seulement le secret de cette ingénieuse fraude fut exposé au péril. L'évasion d'un prisonnier avait mis le Temple en émoi et redoublé la vigilance des gardiens. Une visite générale et minutieuse avait été ordonnée. Le P. de Clorivière conservait alors dans sa chambre la sainte Eucharistie. Le respect et la confiance qu'il avait inspirés le sauvèrent. Quand les gens de la police se présentèrent devant sa porte, le concierge de la prison s'opposa résolument à ce qu'ils l'ouvrissent, disant qu'il n'y avait rien à faire dans cette chambre, et ils les entrain» plus loin. Il est inutile de faire observer que l'autorité diocésaine avait été consultée et qu'elle avait donné toutes les permissions.

La charité des amis du prisonnier ne se bornait pas à ces témoignages, et le pain céleste ne leur faisait pas oublier le pain matériel et sensil)le. 11 ne sera point hors de propos, malgré l'apparente vulgarité des détails, de révéler quelques-unes de leurs délicates attentions. Les Evangélistes ne nous montrent-ils pas le divin Maître préparant lui-même le repas à ses Apôtres fatigués du rudo labeur d'une pèche longtemps infructueuse? Le cœur de sa tidèle pénitente était toute tendresse pour les pauvres et les malheureux. Mais ici la vénération, la reconnaissance, une respectueuse affection et la foi qui regarde

Jésus-Christ même dans son ministre, tout concourt à redoubler sa sollicitude. Elle a pour lui toutes les prévenances et toutes les délicatesse d'une mère. Ses envois sont continuels; mais elle distingue surtout les jours de fôte. Il lui répond le lendemain de la fête de saint Ignace : ce Je vous remercie de m'avoir régalé le jour de la fête de mon saint Père, que vous pouvez aussi regarder comme le vôtre... » Il se plaint qu'on fasse pour lui trop de dépenses : a Dieu ne m'a pas mis ici pour faire bonne chère, mais pour faire pénitence, dont j'ai grand besoin... j>

Ces envois, si fréquents et si généreux qu'ils fussent, constituaient le service extraordinaire : le prisonnier n'aurait pas toléré davantage. Habituellement il pourvoyait lui-même à sa table, a Je fais mon ordinaire avec M. de la Rouzière, qui est du pays et de la connaissance de M"*^ de Saisseval, homme pieux et bon chrétien... Le traiteur nous sert très bien, à vingt sous par tête... y> Quant à la collation, les frais sont encore moindres. « Tout ce que vous m'envoyez écrit-il, est surabondance et délicatesse. Ma collation ordinaire est du fromage et, par extraordinaire, une pomme cuite. Plus que cela serait un superflu nuisible. »

Un très grand nombre de ses lettres se terminent par cette formule : ce Ma santé est fort bonne. » Malgré ces bulletins triomphants, écrits pour rassurer une sollicitude toujours en éveil, il n'était pas sans subir de temps à autre quelque fâcheux assaut. Pendant un temps, il fut menacé d'une paralysie du bras droit : « Quand on vient sur l'âge, se contentet-il d'écrire et qu'on approche du tombeau, il faut

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