LIVRE I. CHAPITRE II
exercices de la retraite annuelle. Ils ne changèrent rien à leur pieux usage.
L'épreuve appelle la bénédiction de Dieu. Le F. de Clorivière fut inondé de grâces dans cette retraite, et sa générosité grandissant avec la tribulation, il prononça le jour de Pâques ce vœu dont nous avons parlé, digne d'un P. de la Colombière. Le surlendemain, 13 avril, il écrivait â son ami de Louis-le-Grand :
<c Vous savez la situation où nous sommes ici, comme ailleurs. D'autres ont pris notre place. Pour nous, nous sommes dans l'incertitude sur ce que nous deviendrons. Qu'il est doux parmi tout cela de s'abandonner à la Providence! Je me rappelle une parole du R. P. Le Roi que m'a dite le P. du Pérou, a qu'il ne connaissait pas d'état plus délectable que « celuid'un homme qui ne voit ce qu'il pourra devenir.» En effet, c'est alors que l'on peut marquer à Dieu qu'on le regarde comme un bon Père, en se reposant paisiblement dans son sein, et en s'abandonnant pleinement à la conduite de son aimable Providence. Demandez pour moi ce parfait abandon. . . Ma retraite est finie depuis quelques jours. Remerciez le bon Dieu des grâces que j'y ai reçues; j'ai conçu le désir d'être à lui sans aucune réserve. »
La situation devenait extrêmement critique surtout pour les jeunes religieux que la fermeture des collèges, et la dispersion forcée qui en était la conséquence, allait jeter malgré eux au milieu du monde et exposer peut-être au hasard de perdre leur vocation. Dès ce moment, le F. de Clorivière n'a point de préoccupation plus vive que d'assurer la garde
de son trésor. Il s'en remet à Dieu avec une oonfiance admirable pour le choix des moyens ; mais il ne néglige rien de son côté pour se ménager la faveur et l'appui du Ciel.