ARRÊT DU 6 AOUT
A quelques journées de Compiègne, s'élève l'antique et illustre sanctuaire de Notre-Dame de Liesse. La sainte Vierge en avait elle-même consacré l'origine plusieurs siècles auparavant par un prodige extraordinaire, et depuis lors elle n'avait cessé de répandre des grâces abondantes et souvent miraculeuses sur la multitude des pèlerins, que la dévotion amenait de toutes parts au pied de son autel. Le F. de Clorivière obtint la permission d'aller s'y recommander à son puissant patronage. Il partit le 14 avril. Sa pieuse excursion dura huit jours entiers. De retour à Compiègne, il se hâta d'écrire à son ami :
« Mon pèlerinage est fini ; j'y ai eu de la consolation et beaucoup de fatigue... Je vous ai recommandé ainsi que moi à Notre-Dame de Liesse; et j^ai une ferme espérance que notre bonne Mère aura pitié de ses enfants. Je ne sens rien, je ne vois rien. Dieu ne m'inspire rien au sujet de ce que je dois faire, sinon une résolution qui est, à ce qui me semble, inébranlable avec le concours de sa grâce, de mourir plutôt
mille fois que d'abandonner ma sainte vocation. Oh ! qu'elle m'est chère, et que je souffrirais de bon cœur tout au monde plutôt que de la démentir !
a J'ai maintenant le bonheur de recevoir tous les jours le pain des forts et des faibles, des riches et des indigents; je crois que dans ce temps, j'ai besoin de cette nourriture si capable de donner à mon âme la vigueur qui lui est nécessaire, et dont sans cela elle serait privée. On m'a accordé cette permission, et il me semble que nos supérieurs l'accorderaient à ceux qui se sentiraient portés à la leur demander.
« Adieu, mon très cher Père.
«P.-J. DE CLomwkwK, jésuite,
a 23 avril 1762, Gompiègne. »
Le jour même où le F. de Clorivière écrivait cette lettre, le Parlement publiait un nouveau décret qui confirmait et complétait la mesure du 1"' avril. Il ordonnait que tous les biens situés dans le ressort de la Cour seraient « sans délai saisis, arrêtés et mis sous la main du Roi et de Justice, » et il en confiait l'administration à des économes nommés par lui. On se promettait merveille de ces biens : ils devaient couvrir les dépenses de la guerre, fournir une pension alimentaire aux religieux expulsés, indemniser leurs créanciers, et de plus entretenir les nouveaux maîtres, leurs successeurs. On sait comment ces belles promesses ont été tenues.
Par une disposition pleine d'injustice et de perfidie, les Parlements ne firent qu'une promesse dérisoire de subsides aux religieux qui n'avaient pas encore