‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 181 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE II

bien avoir quelques infirmités- qui nous avertissent, C'est une grâce de Dieu, qui nous diHacliB de la vie présente et nous fait soupirer après iautre... D'ailleurs, jusqu'à présent, mon infirmité est peu de chose. Tout ce que j'aurais à craindre, serait de devenir impotent, de ne pouvoir plus mo servir et d'être à charge aux autres. Après tout, je ne veux là-dessus que ce que Dieu veut, et je suis résigné à tout... » « Je sens même, dit-il une autre fois, quelque plaisir d'avoir en moi un indice qui m'annonce que désormais je ne suis pas éloigné du terme où nous devons tous aspirer... r

Cette pensée de la mort revient fréquemment sous sa plume : « Le vieil édifice tombe en mine. Une crevasse est à peine réparée qu'il s'en fait de nouvelles. Réjouissons-nous-en. Nous attendons une meilleure habitation, dont nous ne pourrons jouir que quand celle-ci sera tout à fait à bas... » Mais il ne refuse pas le travail : a Ni vous, ni moi, dit-il à sa généreuse correspondante, ne devtms vivre pour nous seuls; nous nous reposerons dans l'autre vie. La santé n'est bonne que parce ([u'elle donne le moyen de la dépenser à ta gloire de Dieu. Sacrifions tout ce que nous avons de forces at de vie, pour faire aimer et glorifier Celui qui s"est sacrifié luimême tout entier pour nous. »

Condamné à la réclusion, loin de ses œuvres et du commerce des hommes, il semble que les heures auraient dû peser au P. de Clorivière et couler trop lentes au gré de ses désirs, et néanmoins, il se plaint de les trouver a trop courtes: » elles ne suffisent pas à son activité et à son amour du travail.

Pour mettre plus d'ordre dans notre récit, nous rangerons sous diiïérents titres ses occupations pendant sa captivité. Les unes se renfermaient dans Fenceinte du Temple : c'étaient quelques œuvres de zèle, et la composition de divers ouvrages sur l'Ecriture Sainte ; les autres, au moyen d'une correspondance presque journalière, s'étendaient au dehors : c'était le gouvernement de l'association qu'il avait fondée, et la direction des âmes. Nous dirons d'abord quelques mots des œuvres de zèle.

Jeté au milieu d'une société d'hommes différant entr'eux par les idées politiques, par le rang, et même par la religion, le P. de Clorivière voulut se souvenir avant tout qu'il était prêtre, et voir dans sa détention une disposition de la miséricorde divine en faveur de quelques-uns de ses compagnons de captivité. Plusieurs étaient engagés dans Terreur. Il entreprit de les ramener à l'unité de la foi. La prudence lui commandait d'user de réserve ; mais le feu peut-il ne pas se trahir? Quelle consolation, si la prison se transformait pour ces malheureux en vestibule du ciel, et si la suprême infortune, ce semble , sur la terre, devenait l'origine et le gage de la suprême félicité!

Il avait noué des rapports de politesse et de convenance avec deux protestants. Après quelques causeries indifférentes, et qui lui servirent d'introduction, il ne tarda pas, suivant son habitude, à faire tomber le discours sur des sujets plus graves et bientôt après sur les questions religieuses. Mais il ne réussit qu'en partie dans son dessein. L'un des deux seulement fut docile à la grâce ; l'autre, par

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