LIVRE V. CHAPITRE If
indifférence, par défaut de temps, peut-t^tre par orgueil de secte, demeura dans son erreur. Le P. de Clorivière avait cependant fondé de belles espérances sur son retour. « Faites vous-même, écrivait-il i\ M"* de Cicé, et engagez vos bonnes amies à Faire une neuvaine en l'honneur de Notri'-l>ame àv In Merci... L'intention de cette neuvaine, qu'il est inutile de dire à tout le monde, est la conversion d'un calviniste, homme intéressant piir lui-même et par l'emploi qu'il occupait; il parait irès bien disposé... Si l'abjuration a lieu, elle ferait un grand effet sur plusieurs... » Mais quelque iempa après, le détenu fut mis en liberté sans avoir voulu se décider'.
Il fut plus heureux auprès de lautre. C'était M. Christine d'Yverdun, attaché ii l'ambassade russe. M. Christine était né à Yverdun, en Suisse, et appartenait à la religion réformée, tl était allé eu Russie avec le comte Alexis Orlof, longtemps avant la Révolution, et depuis cette époqin'. il avait été employé au ministère des affaires élrangères. liln
i: Nous penBona, saDE être cependant en étal <!>■ l'afririner rigoureuBcment, qu'il s'agit ici de M. Fauche-Borel, Jiml nous avons cilé plus haut le témoignage à propos de la morl ili: Pichegru el du capitaine anglais Wright. Les traits par lesquels k' P. de Clorivière, en pluaieura endroits de ses lettres, désigne Bon iiëophyle, qui était auiesc el caNiniele, conviennent aussi ft M. Fauclie-Rorel. Le reste du portrait ne lui convient pas moins. Fauche-llorel, parlant dans ses Mémoires des principaux personnages qu'il avait connus au Temple, nomme H. le marquis de la Rouïii'rc, M. Christine d'Yverdun, attaché i l'ambassade russe, « et en entre, dit-il, l'excellent abbé Picault « (Picot de Clorivière). T. III, p, 32. Cette épilhilo aOeclueuse est peu^étre une trace des bonnes relations qu'il nvait eues avec le vénérable prisonnier.
1803, il était secrétaire du comte de Markoff, ambassadeur de Russie auprès du gouvernement français. Lorsque le coi^plot de Georges Cadoudal fut découvert, M. Christine, accusé d'avoir, dans un voyage à Berne, intrigué contre Bonaparte en faveur de la Suisse, fut arrêté, malgré son titre et sa nationalité, et enfermé à la prison du Temple. Le comte de Markoff fit vainement les plus vives instances pour obtenir son élargissement. Napoléon, qui était bien aise d'avoir une occasion d'humilier la Russie, s'v refusa absolument et donna même des ordres pour que le prisonnier fût tenu plus à l'étroit. En effet, le P. de Clorivière fut longtemps sans pouvoir l'entretenir à son aise.
De quelle manière avaient commencé ces relations, nous ne saurions le dire; mais il semblerait que, dès les premiers mots échangés, l'&me du captif s'était ouverte à la grâce et avait appelé, d'un désir sincère, la pleine vérité. Une mesure de rigueur le condamna de nouveau au secret et interrompit les instructions.
Mais la bonne semence ne laissa pas de continuer à se développer; M. Christine avait emporté avec lui dans sa cellule un crucifix et des livres qu'on lui avait fait passer; ce fut une source de consolation et de lumière où il puisa, avec la force de supporter patiemment son épreuve, celle de reconnaître son erreur et d'y renoncer. 11 n'attendit pas sa mise en liberté pour devenir catholique. Il sortit du secret le 15 décembre, octave de Tlmmaculée-Conception de la Sainte Vierge, et le surlendemain, devenu enfant de la véritable Eglise, il eut le bonheur de faire sa