‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

atteint Tâge de trente-trois ans, et prononcé leurs vœux solennels : c^était les condamner à la misère, ou les contraindre à rompre leurs engagements. L'embarras des supérieurs était grand. Ils ne pouvaient consentir à renvoyer contre leur gré des hommes qui s'étaient donnés à la Compagnie pour vivre et mourir dans son sein. D'autre part, les ressources des collèges étant taries, comment pourvoir à l'entretien d'un si grand nombre de religieux? Les plus dures privations de la pauvreté étaient donc en perspective.

Dans cet état de choses, il importait de ne retenir que des caractères déterminés et des vertus à toute épreuve. C'est pourquoi ils laissèrent à tous ceux qui n'avaient pas fait les vœux solennels le choix, ou de rester dans la Compagnie en acceptant sa mauvaise fortune, ou de rentrer dans le monde, libres de leurs engagements.

Le F. de Clorivière n'était pas exposé à céder aux conseils de la crainte ; mais il avait à se garder d'une autre tentation plus délicate et non moins dangereuse. Ne pouvait-il pas voir dans ces événements une occasion ménagée par la Providence pour se retirer d'un Ordre auquel il se croyait inutile, et que dans ses heures de découragement, il avait eu déjà la pensée de quitter ?

Nous allons entendre sa réponse.

« Mon très cher ami, P. C.

« Je ne comptais vous écrire que vers les fêtes de la Pentecôte; le P. d'Hervillé m'a engagé à le faire

aujourd'hui ^.. Que nous sommes heureux d'avoir encore notre saint engagement, et que je plains ceux qui ne sont plus dans le corps de bataille!... Je conçois maintenant la conduite admirable de la Providence et ses secrets jugements. C'était lui-même qui faisait agir nos supérieurs. C'est l'exécution de cette loi que Dieu avait donnée à son peuple, de donner la veille d'un jour de bataille permission de s'en aller à tous ceux qui le voudraient, et même de le faire publier à haute voix dans tout le camp. Le Seigneur nous compte encore parmi ses soldats ; ne déshonorons pas un si glorieux titre.

« Je vous envoie un cantique que j'ai fait sur les souffrances, à l'imitation du P. Surin; je l'ai fait

i. Au mois de décembre 1793, le P. de Clorivière écrivait : « J'ai appris par les journaux qu'un des hommes que j'estimais le plus pour sa vertu, le P. d*HerviIlé, vient d'être guillotiné. Je n'ai pas balancé à l'honorer comme un martyr... » Au moment de la suppression des collèges, le P. d'Hervillé était à Gompiègne; il obtint alors de se retirer en Lorraine, et il y resta jusqu'à la suppression de la Compagnie dans cette province en 1768, occupé tout entier aux œuvres de sa vocation. Les missions avaient surtout pour lui un attrait particulier; il poursuivit ce pénible et fructueux ministère jusqu'à ce que la Révolution vint enchaîner son zèle. Il reçut alors l'hospitalité à Orléans, chez une généreuse iemme^ ancienne religieuse, qui avait transformé sa demeure en une sorte de communauté où les vierges chassées comme elle de leurs couvents, et les prêtres fugitifs étaient assurés de trouver un asile toujours ouvert. Cette retraite ayant été découverte, le P. d'Hervillé y fut arrêté, le 26 novembre 1793, avec son hôtesse et la domestique de celle-ci. C'était peu de temps après la nouvelle loi portée contre ceux qui recèleraient des prêtres (21 octobre 1793). Il fut condamné à mort, et les deux chrétiennes qui l'avaient accueilli partagèrent sa condamnation et son martyre. L'exécution eut lieu le 21 décembre. — Carron, Les Confesseurs de la foi, T. I, p. 215. — Le R: P. dom PiOLiN, V Eglise du Mans durant la Révolution, T. III, ch. ix, p. 61.

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