LIVRE V. CHAPITRE 111- W
En présence de cette chanté et des raisons qui lui étaient présentées, les difficultés d<; M. Beulé se dissipèrent. 11 renouvela ses vœux à la fête de l'Assomption, et écrivit au P. de Clrjrivière pour le remercier de sa condescendance et lui déclarer a. qu'il était prêt à lui obéir en toutes choses, a
Du fond de sa prison, le P. de Cloiivière continuait ainsi à s'occuper de son œuvre et à la défendre contre les périls qui la menaçaient dans son existence, ou l'entravaient dans son développement. A cette tâche pénible, il en joignait une autre non moins nécessaire, celle de la direction.
La direction est l'art de conduire les flmos à la perfection selon leur état et" le degré de grSce qui leur est communiqué de Dieu, art justement considéré comme le plus noble de tous, à cause de la grandeur des intérêts qui s'y trouvent engagi-s, et comme le plus difficile, à cause de la nature niiime do l'enlreprise, et des ennemis qui se jettent à la traverse pour en compromettre ou en empêcher le suecès.
La direction du P. de Clorivière était à la l'ois simple et élevée, suave et forte, animée par un zèle ardent et réglée par une sage discrétion, inspirée par l'habitude de la prière etde l'union à Dieu, et éclairée par l'étude des auteurs ascétiques el la connaissance expérimentale des voies de Dieu dans les âmes.
La perfection ne doit avoir d'autres limites que celles de la volonté de Dieu; le devoir de l'âme, c'est de se tenir prêle à répondre et à suivre la grâce aussi loin qu'elle voudra conduire. « Que co soit là. dit-il, le grand et comme l'unique ol>jet de vos soins et de votre attention... Cette résolution gêné-
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reuse qui n'excepte rien, dilate et fortifie le cœur. » L'entreprise ne laisse pas d'être ardue, c'est pourquoi elle doit avoir pour fondement un désir sincère de la perfection, c'est-à dire a une ferme détermination de vivre non seulement bien, mais saintement... » Si ce désir fait défaut, on ne peut attendre de l'âme ni vigueur ni constance. Mais il doit i^tre « exempt de toute inquiétude. La perfection est bien plus l'ouvrage de Dieu que le nôtre. On l'obtient plus par une humble et constante prière que par tous ses efforts.» Une âme ardente voudrait l'emporter comme d'assaut; mais elle est l'œuvre de toute la vie. a II me semble que vous voudriez déjù vous voir toute parfaite, et que vous vous persuadez n'avancer en rien, parce que vous retombez encore dan-'î bien des défauts... Connaissez mieux les voies de Dieu. La perfection est une grande chose. 11 faut la désirer ardemment; mais il faut travailler longtemps pour l'obtenir. »
C'est surtout l'écueil de ceux qui commencent; ils se jettent dans le bien avec une sorte d'impétuosité, s'épuisent d'efforts pour arriver plus promptemenl, multiplient les pratiques et les changent atout propos, s'impatientent de leurs lenteurs et de leurs lâchetés, et quelquefois se mettent en risque de perdre courage et d'abandonner une entreprise qui parait impossible. Voici les leçons dignes de saint François de Sales, qu'il adressait à une Ame nouvellement entrée dans les voies de la perfection et qui n'était pas exempte de ces défauts. . . « Appliquez-vous à votre avancement spirituel, fortement, mais toujours avec douceur et sans inquiétude... Il faut travailler à la perfection;