‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 195 sur 315 · LIVR8 V. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVR8 V. CHAPITRE III

Dieu. « N'abandonnez pas la communion journalière par de vaines craintes ; revêtez-vous alors des mérites et des vertus de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et de ceux de sa sainte Mère, et ne craignez point, étant ainsi revêtue, de paraître en sa présence. Il n'y a point de moyen plus eflicace pour avancer dans le chemin de la perfection*. »

L'épreuve ne vient pas toujours de la considération de nos misères; elle est quelquefois directement envoyée par Dieu lui-même : c'est le creuset où il achève d'épurer et de perfectionner les siens. Il s'est retiré et a voilé l'éclat de son visage. L'âme est ensevelie dans une nuit profonde, sans consolation, sans appui, livrée à sa propre impuissance et quelquefois à toute la rage de l'enfer, a Quand le Seigneur, dans sa grande miséricorde, veut nous affliger, il n'y a que lui seul qui puisse nous consoler. Ce que l'âme peut faire de son cùté, c'est de souffrir en silence, et de baiser humblement et amoureusement la main qui la frappe, et de ne point faire de réilexion sur elle-même, lorsque le ministre de Jésus-Christ l'a rassurée sur son état; de continuer ses exercices comme auparavant, et surtout ses communions, quoique sans goût et sans dévotion sensible; enfin de s'offrir à Dieu pour rester en cet état jusqu'au dernier soupir de sa vie, si tel est son bon plaisir. Si vous êtes fidèle à ces choses, vous éprouverez que cet état est une des plus grandes grâces que Dieu vous ait jamais fnites. u

Le prudent directeur n'avait pas toujour.'i des

i. 18 noTeinbre 1805.

paroles aussi douces. Quand une âme, par fausse humilité et secret entêtement d'amour-propre, s'obstinait dans ses tristesses et ses défiances, qu'elle refusait de s'en rapporter aux assurances réitérées de son guide, et aimait mieux se plaindre de n'avoir pas été comprise que de sacrifier ses scrupules et ses inquiétudes, il savait trouver dans son zèle des reproches remplis d'une sage sévérité et quelquefois même, pour guérir plus sûrement le mal, il ne craignait pas d'y porter le fer et d'ouvrir des blessures douloureuses.

Une de ces âmes s'abandonnait aux mille raisonnements que soulevaient en elle les scrupules, d'autant plus impuissante à s'en dégager qu'elle y dépensait plus d'efforts. « Comment se fait-il, lui écrit le P. de Clorivière, que les mauvais effets que ces raisonnements produisent ne vous fassent pas voir qu'ils proviennent du malin esprit? Dieu vous a donné un bon cœur et un jugement droit; pourquoi travailler à pervertir l'un et l'autre par de vaines subtilités?... Craignez que Dieu ne permette enfin que vous ne perdiez cette confiance et cette paix, que vous travaillez à détruire, et qu'il ne nous ôte le courage de vous répéter en vain toujours la même chose. Mais vous retombez continuellement? Quand vos chutes seraient grièves, elles ne devraient ni vous troubler, ni altérer votre confiance... Votre confiance n'est pas fondée sur vous-même, mais sur Dieu^ »

Dans la lettre suivante, il est presque dur : « Vous

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