‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 198 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE

d'un autre ecclésiastique qu'il »'(>lait adjoint, il formait à la piété et aux premiers éléments des lettres les enfants en qui il découvrait des germes de vocation. Son zèle s'étendit plus loin.

Une pauvre infirme de sa paroisse, M'" Fréret, fut l'instrument dont il se servit pour poser les fondements d'une œuvre utile et durable. Il la chargea du rôle d'institutrice des enfants du peuple et le succès répondant aux premiers efforts, il l'engagea à se chercher des compagnes du même di^vouement. Quelques pieuses filles, ouvrières pour la plupart, répondirentàsonappeletbientôtaprès se répandirent dans les campagnes environnantes pour se livrer à l'éducation de la classe pauvre. Le grain de sénevé grandit peu à peu. La petite association, unie seulement d'abord dans la charité, devint une congrégation religieuse régulièrement constituée. Le cardinal de Croy, archevêque de Rouen, l'approuva dès l'année 1824, et il fut établi qu'aux trois vœux ordinaires de religion, les sœurs ajouteraient celui d'instruire les jeunes filles pauvres. A la mort de M. Lefebvre, en 1849, elles étaient au nombre de plus de quatre cents et avaient des établissemcitts dans neuf diocèses.

Dans un voyage qu'il fit en Normandie, quelques années après sa sortie du Temple, le V. de Clorivière vit M. Lefebvre; il fut ravi de tout ce dont il fut témoin à Saint-Aubin. En effet, te saint prêtre avait renouvelé sa paroisse. Un champ plus vaste et plus difficile lui fut alors assigné. Il porta dans la paroisse de Carville, à Darnétal, aux portes du Rouen, le même zèle, le même dévouement; il y lit fleurir les

•îli HISTOIRE DL" P. DE CLOBIViÈRE

intimes œuvres, et eut la consolation de ramènera la religion et à Dieu cette population presque uniquement occupée de ses intérêts matériels et de ses plaisirs. Toute la vie de M. Lefebvre fut le fidèle écho de cette prière qui lui étaitfamilière : « Seigneur, faites, je vous en conjure, que je sois un aiigL- à l'autel, un lion en chaire, un agneau au confessionnal. »

Il mourut en 1849, plein de jours el de mérites, ne laissant pas même après lui de quoi subvenir aux frais de ses funérailles; pour se conformer à l'esprit de son vœu de pauvreté, il avait depuis longtemps distribué tout son patrimoine en bonnes œuvres. Comme son vénéralilc maître, M. Simon, il fut eauonisé par la voix du peuple. I^a foule ne cessa, pendant deux jours, de venir s'agenouiller auprès de sa dépouille mortelle, et de faire toucher à son corps des objets de piété. Ses obsèques furent un véritable triomphe; plus de deux cents ecclésiastiques accoururent, de tous les points du diocèse, rendre un solennel hommage à relui qui, pendant une si longue carrière, leur avait donné le constant exemple de toutes les vertus sacerdotales' .

i , La Supérieure des religieuses de Sainl-Aubin rëdama le cœur de M. I.efebvre. Une inscription, gravée sur une lable de marbre à l'endroit même où fut dëpot<6e cette précieuse relique, résume la vie du serviteur de Dieu.

CnK. C. LKfEBvHE

UVHB V, CHAPITRE IV.

En Bretagne, où la Société dn Cœur do. Jésus avait pris naissance et recruté ses premiers adhérents, l'ardeur pour le bien n'était pas moins ardente, ni les œuvres moins fructueuses. M. Basset, ancien vicaire de M. Cormaux et son successeur dans la paroisse de Plaintel, t'avait aussi suivi dans la Société du Cœur de Jésus. Il n'avait pas attendu la fin de la persécution pour revenir au milieu de son troupeau. Il y trouva beaucoup de ruines à relever. Il fut chargé du soin de trois paroisses à la fois. Sur cette terre si féconde en vocations ecclésiastiques, les prOtrcs faisaient défaut. M. Basset résolut de travailler dans la mesure de ses forces à combler les vides qu'avaient faits, dans les rangs du clergé, les années, les privations de l'exil et l'échafaud. « Dans ces temps désastreux, dit son biographe, toutes les écoles pour le vice étaient ouvertes ; celles pour le bien étaient fermées. Que de prodiges opéra, sur ce point .'leul, l'âme active et charitable du missionnaire? que n'imagina-t-il point pour retirer les jeunes gens de cet abîme d'ignorance où la Révolution les avait plongés?... Plus de quarante élèves se pressaient autour de lui pour recueillir ses leçons et se préparer au sacerdoce. La charité des fidèles suffisait à tous

SlCtlAB XJtBB Al

OHNIBlïa OHNIA FACTII9,

Sua 9GQUB DEDIT 1

SAKCTiasut: Cubdis Ibbv uonii.i.Eg puellib egknobuh idocendik

Institqit bt PMUUS bexit

vlrtutibus follens et hebiti» eu'.k

Anno MDGCCXLIX Hau XVI

LXXXAKH08NATUS

Samtû fine QumviT.

rar-'*

les besoins. Beaucoup d'excellents sujets sortirent de cette école. »

A ces occupations, le curé de Plaintel joignait le rude et apostolique labeur des missions, dont il avait fait autrefois l'apprentissage sous la direction de M. Cormaux.* Mais ses forces s'épuisèrent bientôt dans des ministères multiples qui auraient occupé plusieurs ouvriers. Une chute qu'il fit, en allant visiter un malade, lui causa une maladie de langueur à laquelle il succomba, le 22 janvier 1806^

A Saint-Malo, l'œuvre principale était aussi l'éducation de la jeunesse. A peine revenu de l'exil, l'ancien écolâtre, M. Engerran, le premier disciple et, comme il aimait à s'appeler lui-même, le fils aîné du P. de Clorivière, avait ouvert une école dans sa propre maison, en attendant que la Providence lui ménage&t les moyens de trouver un local plus convenable. Mais épuisé par les années et par les souffrances de l'exil, il ne pouvait suffire seul au travail, d'autant plus qu'avec l'agrément de l'évêque du diocèse, il venait de joindre aux classes de grammaire et d'humanités celles de philosophie et de théologie. II sollicita et obtint le concours de M. Vielle, ce prêtre dont nous avons admiré le zèle intrépide pendant la Révolution. Un autre membre de la Société du Cœur de Jésus, M. Jean de La Mennais, le futur fondateur des Frères de l'Instruction chrétienne, vint aussi les aider, et pendant un certain temps, cumula les fonctions de professeur et de vicaire de la paroisse. Sous l'impulsion de ces

1. L'abbé C\rron, Les Confesseurs de la Foi, T. IV, p. 395,5eçg.

Page 1