LIVRE V. CHAPITRE IV
trois hommes, le petit collège dioct'sain prit rapide essor; mais l'excès du travail les arrêta bientôt.
M. de La Mennaîs tomba le premier et dut aller chercher du repos au château de la Ciiesnaye. Il ne put reprendre sa double tâche que dans les premiers mois de l'année 4808. Puis ee fut le tour de M. Engerran. A la première nouvelle du mal, M. de La Meunais s'empressa de recommander le vénérable vieillard à Paris. Le P. de Clorivièrc pria et fit prier pour un homme que a tout le clergé de Saint-Mato, disait-il, devrait s'efforcer de soulager, parce qu'en tout temps il s'est épuisé pour le bien du diocèse. » Mais l'heurede la récom|ieiise était venue; après un mieux passager, M. Engerran succomba le 4 décembre 4806. Sa mort enlevait au collège son principal appui, et faisait retomber tout le fardeau sur les épaules de M. Vielle. A cette époque de relèvement, ou les hras manquaient au travail, les ouvriers devaient se multiplier et entreprendre seuls la tâche de plusieurs.
Voici comment le nouveau directeur de l'école de Saint-Malo raconte ce qu'il eut à faire, avec les seules ressources de sa confiance en Dieu et de son inépuisable dévouement. Après s'être excusé auprès du P. de Clorivière d'avoir gardé avec Ini un trop long silence, et avoir rejeté cette négligence apparente sur un flux et reflux d'affaires sans cesse renaissantes, qui ne lui laissent point le temps de respirer, a Je n'ose, en quelque sorte, ajoute-t-il, vous parler de M. Engerran, de peur île rouvrir une plaie qui saigne encore. Quel coup de foudre pour
ta m
moi en particulier! En le perdant, je perdais le meilleur des amis, je perdais un père. Ce n'est point tout encore.
ce Chargé par Mgr Févêque de Rennes de la direction du petit séminaire nouvellement établi à Saint-Malo, je me voyais dans une espèce d'impossibilité de continuer cette bonne œuvre. Sans local, sans fortune, sans soutien, pour ainsi dire, sans espérance, je me jetai néanmoins plein de confiance entre les bras de Dieu, et déjà j'éprouve la vérité de cet oracle qu'aucun de ceux qui espèrent en lui ne sera confondu. Nous réunissons dans la même maison les humanités, la philosophie et la théologie, et jusqu'à ce moment nous ne sommes que quatre à pourvoir à tout. Jugez par là de la multiplicité de mes occupations, puisque, outre les fonctions de directeur du séminaire, d'inspecteur des humanités, je me vois obligé, par la maladie de notre cher La Mennais, de faire celle de professeur de théologie et de suppléant de vicaire. »
Cependant M. de La Mennais ayant recouvré ses forces s'était hâté de venir au secours de son ami. En peu de temps, le nombre des élèves fut doublé, et le local où ils étaient réunis devint insuilisaiit. « En conséquence, écrit M. de La Mennais, nous avons pris le parti de nous transporter ailleurs,... nous venons d'acheter un des plus grands et des plus beaux hôtels de notre ville, bien situé, bien réparé, qui réunit tous les agréments et toutes les convenances.... Nous sommes d'autant plus contents d'avoir fait ce marché que nous nous trouvons placés près de l'ancienne chapelle de Saint-Aaron, qui.
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dit-on, sera bientôt mise en vente. Or, -ii nos moveiis nous permettent de l'acquérir, ne serait-il pas iiiLin consolant pour nous de former de nouveaux apôtres dans ce lieu mâme d'où sortit saint Malo poui annoncer l'Evangile aux habitants d'Alet? »
Mais les jours de cette école étaient comptés. Le 17 mars 1808, paraissait le décret qui établissait l'Université. Ce décret ne fut pas d'abord appliqué dans toute sa rigueHr, et malgré les appréhensions qu'ils étaient en droit de-concevoii'. les instituteurs de Saint-Malo continuèrent bravement leur œuvre, sans trop s'inquiéter du lendemain. « Jean, disait aimablement à ce propos M. de La Mennais en s'interpellant lui-même, dans une heure peut-être tu ne seras plus ici; pourquoi donc veux-tu savoir ce qui se passera demain? Attends dans une profonde paix; confie-toi en celui qui peut ti.nt et ne trompe jamais... Mon Dieu! peut-être nos erimes forcerontils votre justice à permettre que les méchants triomphent et nous empêchent de faire le bien ce soir; mais, mon Dieu, votre miséricorde nous laisse encore la liberté de faire le bien ce niulin. Ah ! mon Dieu! nous ferons le bien ce malin, en bénissant vôtre miséricorde. »
En 1809, le petit séminaire de Sainl-.Malo fut à son apogée; il compta près de deux cents écoliers, dont un bon nombre étaient absolument aux frais Uc la charité publique. M. Ampère, inspecteur général de l'Université, étant venu le visiter, fut émerveillé de tout ce qu'il y vit, et promit à M. Vielle de l'appuyer de tout son pouvoir. Mais sa bonne volonté fut rendue inefficace par un nouvel éJit, qui achevait
de consacrer et d'établir le monopole universitaire.
Au prix d'efforts inouïs de la part de MM. Vielle et de La Mennais, le collège de Saiiit-Malo se débattit encore une année entière; mais à la lin, il dut céder. Le décret de dissolution lui fut signifié au mois d'août 1812.
Rendu à lui-même par cette disposition violente, M. Vielle se consacra tout entier à la direction des âmes. Après tant de fatigues et tant de sollicitudes, c'était anagréable repos, ll-n'en jouit pas longtemps. Le séminaire de Saint-Brieuc venait de perdre son supérieur, M. Cbantrel; Mgr Caffarelli ne savait comment le remplacer, lorsqu'un jeune prêtre, occupé au secrétariat de l'évéché et qui fut plus tard le P. Renault, de la Compagnie de Jésus, lui parla de M. l'abbé Vielle. Celui-ci ne put se refuser aux instances qui lui furent faites, et il partit pour Saint- Brieuc. a. J'ai vu en lui, écrivait plus tard le P. Renault, la prudence, la justice qui ne faisait point acception des personnes, la force non seulement pour surmonter les obstacles, mais quand il n'y pouvait plus rien, la force qui sait souffrir et attendre... 11 était bon, la bonté même, si j'ose dire, mais sans familiarité; les formes étaient douces et gracieuses, mais toujoursdignes'... »
M. Vielle quitta le grand séminaire en 1823, et commença une vie de retraite et de silence qui ne fut plus interrompue jusqu'à sa mort. L'étude, la prière, la direction des âmes remplirent seules désormais les années encore longues pendant
i. Vie du P. Renault, parle P. Guidée. Appendice, numéro \xt.