LIVRE I. CHAPITRE III
spécialement pour vous et pour moi, engagé par les circonstances où il me semble que nous serons bientôt. Je sens bien qu'il serait matière de risée à plusieurs personnes ; mais aussi ce n'est pas pour elles qu'il est fait^
c  Compiègne, ce 22 mai 1762.
ce P. J. D. C. J. »
(Pierre Joseph de Gloriviêre^ jésuite).
i. Voici ce cantique : On nous permettra de le transcrire. Ce n'est point un modèle de poésie, bien que la couleur et l'entrain n*y fassent pas défaut. Nous n'y voulons voir que l'expression des sentiments qui remplissaient le cœur de notre jeune religieux.
a Da vin que donne le Sauveur A ceux quMl veut par sa faveur
Distinguer du vulgaire, Âmi, connaissons bien le prix; C'est de ses plus chers favoris
La boisson la plus chère.
Pour mériter un si grand don.
Chantons tous deux du même ton :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon !
Heureux qui peut en boire !
a L'homme n*en faisait point de cas, On même n'en connaissait pas
La vertu salutaire.
Le Fils du Très ilaut plein d'amour, Afin de nous l'apprendre, un jour
Descendit sur la terre.
Ayant donc reçu sa leçon, Disons tous de cette boisson :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon !
On ne peut trop on boire !
> Jésus lui-même en ces bas lieux Reçut ce vin délicieux
De la main de son Père ; Toujours il en fut altéré Jusqu'à ce qu'il eût expiré
En croix sur le Calvaire.
Ce vin paya notre rançon.
Et nous délivra de prison.
Bon, bon, bon, que ce vin est bon !
Mortels, venez en boire.
« Pour cette divine liqueur,
A son exemple, tout grand cœur
Sent une soif ardente.
Il faut, dit-il, boire ou mourir; Hors ce vin, rien no peut guérir
L'amour qui me tourmente.
Viens, amour, sois mon échanson.
Verse sans cesse à plein flacon.
Bon, bon, bon, que ce vin est bon!
Ah ! sa douceur m'enchante.
« Le monde, aveugle pour le bien, A ce discours ne connaît rien;
Il lui semble un mystère.
Mais quoi qu'il dise de ce vin.
Je lui trouve un goût tout divin.
Je ne saurais le taire.
Dût-on me croire sans raison, Je veux chanter à ma façon :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon!
. On ne peut trop en boire
Après l'expulsion de leurs collèges, les Jésuites avaient été obligés de se disperser : quelques-uns s'étaient retirés chez leurs parents, d'autres avaient trouvé un refuge dans des familles chrétiennes ; plusieurs attendaient la fin de l'orage dans des séminaires ou des maisons religieuses, a Le supérieur du séminaire de la Sainte-Famille, autrement appelé des Trente-Trois, lisons-nous dans une note se rapportant à cette époque , Sulpicien vénérable , recevait dans sa maison tous ceux qui se présentaient : il y attirait même les novices, et quoique son établissement ne fût pas richement doté, il ne fixait aucune pension^ « Mon but en agissant ainsi, disait-il,
« Par sa force il nous rend vainqueurs De ce qui peut souiller nos^ cœurs,
Les fixer à la terre.
Jamais un cœur n*est épuré Que quand, en étant enivré,
 Dieu seul il veut plaire.
Il se rit du : qu'en dira-t-on?
Et répète à tous sa leçon :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon!
Quand pourrons-nous en boire?
a Jésus est son unique amour.
Il ne s'occupe nuit et jour
Que du soin de lui plaire.
Pour s'unir à ce Roi des rois, Il veut, étendu sur la croix,
Mourir dans la misère.
II n'a point d'autre ambition Que d'entonner cette chanson :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon !
Jésus m'en a fait boire.
ff Que le monde par ses attraits, Par ses caresses, ses bienfaits,
Attaque son courage ; Que l'enfer des bûchers ardents Allume les feux menaçants.
Fasse éclater sa rage ; Ces efforts sont hors de saison.
Il chante encore d'un plus haut ton :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon!
Versez-en davantage.
« Qui désire savoir aimer.
Et veut tout de bon s'enflammer
D'un amour véritable, Doit aller aux pieds du Sauveur Lui demander avec ferveur
De ce jus délectable.
S'il vient lui-même en présenter, Il le faut boire, et puis chanter :
Bon, bon, bon, que ce vin est bon !
Rien n'est plus agréable. »
i. a Le séminaire des Trente-Trois écoliers fut institué d'abord en 1633, pour un nombre bien plus petit, savoir de cinq, puis de douze. Ils ne se sont placés à la Montagne Sainte -Geneviève que depuis Pan 1657.» (Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, T. I, 2« part. Eglise SatrU-Eticnne-du-Mont).