LIVRE V. CHAPITRE V
dans les bâtiments extérieurs du couvent des Carmélites, établies rue de Vaugirard, dans cet ancien monastère des Carmes, témoin quelques années auparavant, de la mort de tant de saints prOtres. II y fut bientôt rejoint par deux illustres victimes des colères de Napoléon, que la prieure des Carmélites, M""" de Soyecourt, ne craignit pas d'accueillir soua son toit ; le cardinal di Pîetro et le P. Fontana, Général des Barnabites.
On se rappelle les entn'prises audacieuses et sacrilèges du redoutable empereur pendant celle année 1809 i le territoire pontifical et la ville éternelle déclarés possessions do l'Kmpire, le Souverain Pontife brutalement arraclit' du Vatican, en représailles de la Bulle d'excommunication lancée par lui a contre les auteurs ou complices des attentats dirigés contre le Saint-Siège, n et après un long et pénible voyage à travers ritalie et les provinces méridionales de la France, renfermé i\ Savone loin de ses conseillers, les cardiîiaux; ceux-ci, à part un petit nombre auxquels on aviiit fait grâce à cause de leurs infirmités, ou qu'on avait jetés dan» des forteresses, emmenés à Paris pour être sous la main du maître. Le P. Fontana, qui avait rédigé la Bulle, partagea le sort des princes de l'Eglise. Mais Napoléon ne tarda pas à s'apercevoir que. s'il avait empire sur les corps, il lui était moins facile de faire plier les âmes.
A l'époque de son mariage avec l'impératrice Marie-Louise, plusieurs cardinaux, parmi lesquels se distinguait le cardinal di Pietro. refusèrent de prendre part à la cérémonie religieuse- Celle-ci fut
splendide ; mais Napoléon fut moins sensible à la présence des prélats courtisans ou trompés, qu'à Téloignement de ceux qui étaient restés fidèles à leur conscience; il ne manqua pas d'en témoigner son dépit; il fit un jour une scène si vive au cardinal di Pietro que le principal du collège, où le cardinal avait pris son logement, n'osa plus le garder chez lui. C'est alors que M"" de Soyecourt, informée de la situation faite au courageux prélat, le fit prier de venir honorer de sa présence le couvent des Cannes. La généreuse femme, trouvant des trésors dans sa pauvreté, remit au prince de l'Eglise, réduit à une gène pénible, un billet de mille francs pour pourvoir aux premiers frais de son installation, et lui donnant la clef d'un petit jardin séparé de celui des religieuses par un mur de clôture, elle lui dit agréablement, eu faisant allusion aux pouvoirs dont le cardinal avait été investi après la mort de Pie VI : « Monseigneur, vous avez tenu quelque temps les clefs de saint Pierre; veuillez accepter maintenant celles du jardin des Carmélites^ »
C'est sous ce toit commun que le P. de Clorivière eut occasion de lier de& rapports, qui furent presque de Tintimité, avec le cardinal di Pietro et qu'il apprit à connaître l'illustre P. Fontana. Mais cette réunion ne fut pas de longue durée. Bonaparte dispersa les Cardinaux noirs dans différentes villes de France; le cardinal di Pietro fut relégué à Semur et, bientôt après, enfermé au donjon de Vincennes. Le P. Fontana, qui avait déjà subi une première détention à
\ . Vie de M^^ de Soyecourt, p. 108.