‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 206 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V

Arcis-sur-Aube, partagea le même sort, et pendant plus de trois ans, il eut à souffrir les rigueurs de la plus dure captivité.

La prieure des Carmélites eut aussi sa part des vengeances de l'irritable empereur. Le gouvernement la soupçonnait d'avoir fait copier autrefois et distribuer des exemplaires de la Bulle d'excommunication; le 9 janvier i8H, elle fut arrtUée, conduite à la Préfecture de police et jetée en prison. Quelque temps après, un ordre du gouvernement l'obligea de se retirer à Guise et la plaça sous la surveillance de la police. Avant de se motire eu route, elle voulut se confesser. Le P. de Clorivière alla l'enlendre à quatre heures du matin. A ce moment, la nature sembla reprendre quelque empire sur elle : a. Hélas ! mon Père! dit-elle avec émoliou, je pars pour l'exil, sans savoir quand il finira. » — « Ma fille, lui répondit l'homme de Dieu avec une gravité plciue de douceur, quand l'ange du Seigneur avertit saint Joseph de fuir en Egypte, celui-ci ne demanda point combien de temps il y resterait. » Cette parole de foi dissipa les appréhensions de .VI'°" de Soyecourt, et elle ne pensa plus qu'à s'abandonner à la divine Providence. Dans le courant de l'année suivante (812, elle trouva moyen de venir incognito à Paris et dépasser quelques jours au milieu de sa communauté. Deux fois, pendant cette visite clandestine, elle reçut les encouragements <.! les conseils de celui qui l'avait consolée à son d<^|>art, et elle repartit plus forte et plus résignée pour le lieu de son exil, où elle fut retenue jusqu'à la fin de cette année 1812. Ce fut peut-être en souvenir de ces bons ofiices, que

M"** de Soyecourt se disposant plus tard à quitter le couvent des Carmes, offrit de le céder aux Pères de la Compagnie de Jésus, moyennant une indemnité qui lui permit de préparer ailleurs une autre demeure à ses filles. Mais rarchevêque de Paris, Mgr Affre, ayant témoigné le désir de faire cette acquisition pour son diocèse, les Pères se retirèrent aussitôt^. » Au moment où le P. de Clorivière était rendu à la liberté, il reçut d'Amérique des lettres qui le remplirent de la plus vive consolation. Elles venaient d'un proscrit, qui était allé demander à ces terres lointaines un refuge contre la prison et peut-être contre Téchafaud, et qui avait échappé par une espèce de miracle aux recherches dirigées contre lui. Le lecteur n'a point oublié le nom de Joseph de Limoëlan, second fils de M. de Limoëlan, frère du P. de Clorivière, impliqué dans le complot de la machine infernale. Tout jeune encore, Joseph de Limoëlan avait été envoyé, avec son frère aîné et un de ses cousins, André Desilles, le futur héros de Nancy, faire ses études dans un collège de Paris. Bientôt les armes exercèrent sur lui un irrésistible attrait; k quinze ans, ses classes à peine finies, il s'enrôla au régiment d'Angoulôme. En 1790, à l'âge de 22 ans, il était officier au même régiment. Le P. de Clorivière avait toujours eu pour lui une sorte de prédilection ; et Joseph, à son tour, témoignait à

1. M**^» de Soyecourt avait acheté le couvent des Cannes, où son père avait été enfermé pendant la Révolution, dans Tespérance de le rendre un jour à sa destination première. Cf, Abrège de la Vie de notre Révérende Mère Thérèse -Françoise- Camille de VEnfant Jésus,,. Paris, 1849.

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