LIVRE V. CHAPITRE V
son oncle une tendresse et une confiance vraiment filiales. Soldat, il entretenait avec lui une correspondance assidue et tout intime, darir^ laquelle il lui découvrait ses peines, ses difficulti's et jusqu'à ses tentations, et il en recevait avec ic^ipect et reconnaissance les avis qui lui étaient donués pour la sauvegarde de ses mœurs et de sa fi>i.
Bientôt la Révolution éclate : Joseph de Linioëlun brise son épée et émigré. La mort de son père, guillotiné à Paris pour avoir pris part au complot de la Ilouaïrie, le ramène en France où sous les ordres de Georges Cadoudal, il fait une guerre implacable à la République. Quand les troupes royalistes, hors d'état de continuer la lutte, déposent les armes, il refuse d'accepter la pacification conclue avec Bonaparte, et il passe en Angleterre, où il reçoit des mains du comte d'Artois, au nom de Louis XVI M. la croix de chevalier de Saint-Louis.
Au moment de l'attentat du 8 nivi^se, il se trouvait à Paris; il y était venu dans le dessein d'épouser une jeune personne de Versailles, avec laquelle il était déjà fiancé. C'est alors, ou peut-être avant son départ d'Angleterre, qu'il eut connaissance du complot dirigé contre la vie du Premier Consul, et que, par un aveuglement qu'expliqnent seuls, dans des âmes d'ailleurs loyales et honiuMes, l'exaltation des passions politiques et le souvenir de longues et sanglantes injustices, il consentit à prtHer un certain concours aux conjurés'. On sait comment la terrible
i. Nous eropruntone en grande partie ces di-tbiils à une lellrc de M'"' de Chappedolajne, sœur de Joseph de LimoOlan. SaintC'Ueuvc, dans an de ses romans, avait cru bon de mettre en scène M. de
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machine éclata sans faire aucun mal à celui qu'elle devait tuer.
Joseph de Limoëlan parvint à s'échapper. La famille de sa fiancée pourvut à sa sûreté ; puis il se retira en Bretagne où il erra de retraite en retraite, tour à tour caché au château de Limoëlan, à Sévignac et dans les communes voisines. Cependant, il ne pouvait guère espérer de se soustraire indéfiniment aux poursuites de la police. Une heureuse circonstance vint à son secours. Un gentilhomme breton, M. de Chappe* delaine, recherchait en mariage M"* Marie-Thérèse de Limoëlan, sœur du proscrit. Cette union éprouvait des obstacles. Mais un oncle de M. de Chappedelaine étant venu à mourir aux Etats-Unis, en laissant toute sa fortune à son neveu, à condition qu'il épouserait M"* de Limoëlan, ces obstacles s'aplanirent; et à la faveur du voyage que les jeunes époux étaient naturellement appelés à faire en Amérique pour y recueillir la succession de leur oncle, Joseph de Limoëlan put quitter la France ; il prit passage avec eux sur le môme navire, en qualité de domestique. Il était temps; car les visites domiciliaires se succédaient au château de Limoëlan qu'il venait de laisser, et si elles avaient été jusqu'alors infructueuses, c'est que M"* de Chappedelaine, usant de ses droits de nouvelle épouse, avait su trouver des prétextes pour empêcher les perquisitions de commencer par sa chambre, devenue le seul asile de son frère,
Limoëlan. Justement indignée du rôle fantastique que récrivain faisait jouera son frère, M"*» de Chappelaine protesta publiquement. Biographie hretonnCy par P. Levot, T. II, p. 342.