‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 209 sur 315 · mars i · texte numérisé non relu

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LIVHE V. CHAPITRE V.

avec une mémoire et des facultés qui avaient déjà senti les atteintes de l'âge, il ne tarda pas à Ctre assailli de violentes tentations de dt^couragement. Il se trouve impropre à tout; le présent le fatigue, et l'avenir l'épouvante; mais bientôt il se relève; ces impressions ne sont qu'extérieures ; elles n'entament pas l'inébranlable résolution de son âme : a Oui. dit-il^ j'aurai de la constance, et pour ce mécontentement de moi-même, je n'abandonnerai pas l'état le plus désirable, le plus saint où Ton puisse aspirer. Chaquejour au contraire me confirme dans la reconnaissance et l'amour que je dois h Dieu pour m'y avoir appelé'. »

Dans une lettre suivante, apportée par Mgr Flagel, évêque élu du Kentucki, venu en Kurope pour y recevoir la consécration épiscopale, an milieu des mêmes plaintes sur son incapacité et a sa lAcheté, n il mêle les mêmes protestations de constance ; a Je ne me rebuterai point; j'éprouve assez de bonheur ici déjà pour n'en vouloir point d'autre. »

Le P. de Clorivière, son confident ordinaire, applaudit à son courage. Dans une longue lettre, qui est une sorte de traité sur le sacerdoce, il lui expose les principaux devoirs et les vertus propres du prêtre. Et comme l'ancien oflicîfr avait manifesté des inquiétudes sur l'opposition qu'il croyait découvrir entre les devoirs du sacerdoce et ceux de sa première profession, le P. de Clorivière le rassure et lui montre qu'il existe au contraire une analogie très étroite entre les deux états. « L'un et l'autre est une

i. Lettre du 4 <ep(em6re 1809 au P. de Clorivière.

milice et demande à peu près les mêmes dispositions : une âme élevée, un corps endurci à la fatigue et aux privations, un courage qui rende supérieur à la crainte et aux terreurs de la mort. Un officier a même un avantage : rhabitude du commandement a dû lui apprendre Tart si difficile de gouverner et de manier les esprits. Le P. de Clorivière cite en preuve l'exemple d'un Père qu'il avait connu dans sa jeunesse, le P. Duplessis, ancien soldat, qui a avait un talent particulier pour attirer à Dieu et fixer dans la vertu ceux de son service ^ »

Soutenu par ces bons conseils, Joseph de Limoëlan supporta vaillamment jusqu'à la fin cette longue préparation de la vie sacerdotale, et en 1812, il fut ordonné prêtre. L'archevêque de Baltimore, Mgr GarroU, lui confia le soin de la congrégation ou paroisse de Charleston, dans la Caroline du Sud. ce Là, dit Mgr England, dans l'histoire ecclésiastique du diocèse de Charleston, qui n'était pas encore érigé à cette époque, il déploya ce zèle de la gloire

1. Le P. Duplessis était né à Québec, le 13 janvier 1694. La ville d'Arras fut un des principaux théâtres de son zèle. Mgr Bagiion de la Salle, évêque du diocèse, lui avait confié le soin d*évangéliser les troupes de la garnison. En 1738, la retraite préparatoire à la communion pascale terminée, le P. Duplessis proposa à ses auditeurs de relever un calvaire que les Pères Capucins avaient autrefois érigé sur les remparts et qui était tombé de vétusté. La proposition fut acceptée avec enthousiasme. Le 19 mars, la nouvelle croix fut exposée dans Téglise du collège et toute la ville accourut la vénérer. Une pauvre femme estropiée qui s'était jointe à la foule fut subitement guérie. Le lendemain, la croix fut érigée au milieu d'une aflluence extraordinaire, au-dessus de la porte qui dominait la cité. Cette afllucnce ne cessa point avec la fête. Le miracle de la veille avait redoublé la confiance et la dévotion. Il donna naissance au pèlerinage.

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