‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 210 sur 315 · LIVRE V. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V. CHAPITRE V

de Dieu qui consumait son cœur et jeta dc^ semences de piété qui seront longtemps fécondes, ii

Il eut à lutter contre des oppositions [icisistantes et extrêmement violentes. Au retour d'un voyage qu'il avait fait en France, en 1815, il avait été remis dans son ancien poste par Mgr Carroll, Mais celui-ci étant venu à mourir presque Immédiatement après, les deux prêtres qui avaient été chargés de Tégliae de CharlestoD pendant son absence refusèrent de le reconnaître ; les administrateurs laïques de la paroisse firent cause commune avec eux. \'ainenieiit Mgr Neale, le successeur de Mgr Carroll, pour mieux soutenir son autorité, lui conféra les pouvoirs de grand-vicaire et interdit les deux intrus; vainement le Saint-Siège, au tribunal duquel ils avaient osé porter la cause, confirma la sentence de l'archevêque, ils s'entêtèrent dans leur résistance. En même temps, ils mettaient en œuvre tous les moyens pour effrayer le vrai pasteur et l'obliger à leur céder la place.

qui continua de se faire depuis à l'église du collège de la Conipae'nie «I au calvaire. Dans le diocèse, on fil plusieurs calvaires à l'imilation de celui de la ville. Le nom du P. Duplessis demeura attaché à celte grande raanifeslalion ; son (lorlrail se trouvait dans toutes les familles ; au-dessous on lisait ces mois:

Ou«l pst l'npOtre que je vois '/ C'cit UuplesaiB. lo hiroa de la Croix ;

Des saints tiarlyrs il a, le zi;le.

Ilrclrouvo dans la Croix son espoir, ses doiiCLiin;

Il nous apprend à no point rougir d'elle ; Il la plante en tous lieux et surtout dans nos cœiir^.

Cf. Le Calvaire d'Arra» et te P. Duplessis. Lille, Lorcb*re- Ducrocq, 1864. A l'époque de la suppression de la Compiiguie de Jésus en France, le P. Duplessis faisait pailie de b maison professe de Paris.

Celui-ci tenait vaillamment tête à l'orage, a Je suis, disait-il dans un Mémoire qu'il écrivit à la fin de ce triste débat, je suis le seul prêtre à Charleston, qui ait le pouvoir d'exercer les fonctions spirituelles, et ceux qui savent de quelle importance sont ces fonctions pour les catholiques, comprendront que je ne puis pas, sans manquer à la religion et à la charité, laisser la place. Pourconvertir des pécheurs, assister des chrétiens, les missionnaires ont souvent bravé la faim et la soif, affronté les privations et des dangers de toute sorte, défié la mort elle-même; donc rien d'étonnant si le refus des administrateurs de m'accorder quoi que ce soit, si les brutales résolutions prises contre moi et contre ceux qui voudraient se déclarer en ma faveur, si les pierres et les briques préparées au besoin, si les menaces et les insultes dans les rues n'ont pas été capables de me faire quitter mon poste. Ce n'est pas pour ceux qui ne voulaient pas de moi que je suis resté, c'est pour ceux qui pourraient avoir besoin de mon secours. Non, je ne devais pas m'écarter d'une seule ligne de la route que je suis. Ce que, dans mon ancienne carrière, lorsque je combattais les ennemis de mon pays, l'honneur m'nurait interdit, la religion me l'a rendu impossible; les fatigues, les périls, la mort ne sont pas moins honorables pour cette cause que pour la première ^ »

Cette noble fierté s'alliait à un zèle tout apostolique. Ses ennemis firent au digne prêtre le glorieux

1 . Further documents showing the causes of the distressed state of the roman catholic Congrégation in the city of Charleston, by J. P. DE Cloriviére. Charleston, 1818.

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reproche de trop s'occuper des pauvres et dos gens de couleur. Quand il fut envoyé à Charletifon, la communauté catholique ne comptait pas plus de douze personnes à remplir le devoir pascid: quand il la quitta en 1819, ce nombre était plus quo décuplé. Cependant, dans l'intérêt de la paix et du bien des ■ômes, il avait plusieurs fois sollicité son chiiugement; l'autorité ecclésiastique, pour ne pas paraître céder à des exigences factieuses, avait toujours refusé. En 1819, Charleaton ayant été érigé en siège «'■piscopal, l'archevêque de Baltimore, Mgr Maréchal, rappela l'abbé de Clorivière auprès de lui pour utiliser autrement ses services.

Mgr Neale avait réuoi auprès du collège de la Compagnie, à Georgetown, un petit ni>mbre de femmes pieuses qu'il forma eu communaulô. sous lii règle de sainte Chantât, et qui furent le premier noyau de l'ordre de la Visitation aux Etats-Unis'.

L'institution était encore à ses débuts ; Mgr Maré-

1. Une anecdote assez plaisante se rapporte â cel ol.tblissenicnl. Désireuse de s'agréger à l'Ordre en Europe, la comniunaulc de Georgetown avait écrit en France pour demander quelques sœurs avec un exemplaire des 'règles. On leur répondit que IViat depcrlurbation des choses ne permeltait pas aloi's de faire partii ilvs sœurs, mais qu'on leur envoyait le livre des ComtUution», it ([ug par le prochain navire on leur expédierait comme modèle du costume dti l'Ordre, un mannequin habillé en vîsilandine. Mais les Lonui.'s flitt-s, peu au courant de ce qui concerne les expéditions, avaient omis <io faire les déclarations d'usage. En arrivant à New- York, la caisse fut donc ouverte. A la vue de ce mannequin, les employée 'io la douane se crurent en présence d'une des idoles du papisiiii-, el celui qui raconte ce fait, le P. John Mac-EIroy, mori en 1877. .1 VA^^c de 95 ans, assure qu'on le garda pendant quelque temps, et i{u'iii> le montrait comme une preuve de l'idôlatrie romaine. — Cf. Wooihlack Leilerx. 1873. T. Il, p. 107.

chai en confia le soin à Tabbé de Clorivière. Celui-ci se donna tout entier à son œuvre nouvelle, et ii mérita d'en être appelé, après Mgr Neale, le second fondateur. Il fit vendre les biens qu'il possédait en Bretagne, et en consacra le revenu à la Visitation de Georgetown. « Un monastère presque bâti à neuf, dit encore Mgr England, une académie pour Tinstruction des jeunes personnes, établie sur le plan le plus vaste, une école pour faciliter l'éducation des classes moins aisées, sont autant de monuments durables de son zèle, et rappelleront longtemps à la mémoire des habitants du district, le souvenir du généreux, pieux et affable Joseph-Pierre Picot de Clorivière. »

Les religieuses de la Visitation ne devaient pas garder longtemps leur directeur. En 1826, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie, à laquelle il ne tarda pas à succomber. Sur sa demande, il fut enterré dans l'église du monastère, où il avait fait creuser un caveau qui devait aussi servir à la sépulture des sœurs. Une inscription gravée sur sa tombe rappelle ses vertus et ses différentes œuvres :

Ci-gît

Joseph-Pierre Picot de Clorivière

•Né d'une famille noble

DE Bretagne

Il acquit un nom illustre dans la carrière militaire.

Les difficultés des temps Et les dispositions de la divine Providence

LE forcèrent de QUITTER SA PATRIE

Et de s'embarquer pour ce pays,

Ou il embrassa l'état ecclésiastique.

Ordonné prêtre,

IL exerça avec un zèle infatigable les fonctions du saint ministère

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