‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 22 sur 315 · LIVRE I. CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE III

ff est que, si, comme je l'espère, les Jésuites sont a bientôt rétablis, je rendrai à leur Ordre en France a un fondement bon et solide, en lui rendant de a jeunes religieux, et moi-même alors avec eux, a j'entrerai dans cette sainte et vénérable Société. »

C'est dans ce séminaire que l'ami du F. de Clorivière, le F. Fleury, trouva d'abord un refuge ; il n'y resta que peu de temps ; car dès les premiers jours de mai, il est à Rouen, chez un Monsieur de la Biffe, rue de la Vicomte.

Quant au F. de Clorivière, il avait hâte de sortir au plus tôt d'une situation précaire, et d'aller renouer quelque part que ce fût, môme au bout du monde, les liens de fraternité et de vie commune violemment brisés sur la terre natale. L'exécution de ce projet n'était pas sans difficulté. Le P. Provincial, pour des raisons dont le détail ne nous a pas été laissé, ne s'y prétait qu'avec peine. Le jeune religieux voyait donc peu de jour à ses espérances. Il fit ce qu'il avait coutume de faire dans ses embarras et ses perplexités ; il se tourna du côté du ciel, et conjura Notre- Seigneur avec instances, de disposer lui-même les événements et de lever tous les obstacles. Il fut exaucé.

« La volonté du Seigneur s'est déclarée d'ellemême, écrit-il le 6 juin, sans aucun mouvement de ma part. J'ai reçu samedi matin, c'est-à-dire hier, une disposition pour Lille, mais on me marque que j'irai plus loin. On dit que l'Impératrice nous ouvre ses Etats; c'est sans doute là qu'on nous envoie. Mais il n'y a pas de temps à perdre. La Cour qui nous donne apparemment permission de sortir de France, pourra changer d'avis. »

En arrivant à Lille, le F. de Glorivière n'y trouva pas la fin de ses épreuves. Le 26 juin il écrit de nouveau : ce Les circonstances ne sont plus les mêmes; peut-être vous reverrai-je encore... Car je n'ai qu'une faible espérance de rester ici. Hier matin, le R. P. Recteur de ce collège m'a dit qu'il avait ordre du R. P. Provincial de Flandre de me renvoyer dans ma Province. Après avoir recommandé cette affaire à Notre-Seigneur, j'ai cru devoir lui faire par moi-même les plus vives instances pour qu'il m'accorde la grâce de demeurer. Je lui ai écrit pour cela une lettre pleine des motifs les plus capables de l'intéresser en ma faveur; le R. P. Recteur qui paraît avoir conçu quelque affection pour moi, doit appuyer mes prières des siennes. Cependant, en attendant la réponse du P. Provincial qu'il doute fort m'étre favorable, il m'a dit de me rendre à Douai, où je demeurerai au collège. Je me regarde maintenant comme une boule que le Seigneur aime à voir rouler de côté et d'autre, et le bon plaisir du Seigneur fait ma satisfaction, et le mouvement même est mon repos.

a Je ne dois pas manquer de vous dire que j'ai écrit au R. P. de la Croix l'état où je suis, afin qu'il me donne ses ordres. Mais je l'ai conjuré instamment de ne pas penser à me renvoyer de la Compagnie ; j'ai dit que tous les risques qu'on peut courir en y restant, je les prévois, que j'en prévois même de plus grands, que j'envisage et que j'embrasse tout avec joie. J'ai fini ma lettre par ces mots : <c Je vous « développe mon cœur comme à mon père ; c'est vous ce dont le Seigneur s'est servi pour m'inspirer ces

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