LIVRE VI. CHAPITRE I. 45;i
de l'armée de Coodé, fut nommé supérieur général après la mort prématurée et justement regrettée du jeune et saint abbé de Tournely.
Les mêmes tentatives se faisaient à Rome. Un jeune homme plein de zèle et d'une l)Ouillantc ardeur, Paccanari, né aux environs de Trente dans le Tyrol, fondait une Société qu'il appelait Société de la Foi de Jésus, et qui devait aussi faire revivre la Compagnie de Jésus. En 1799, les deux Sociétés s'unirent en une seule, qui prit le nom de Société de la Foi de Jésus. Paccarani en fut le supérieur général.
Des dissensions ne tardèrent pas à se faire jour dans la nouvelle institution. Egaré peut-être par des pensées de vanité ou d'ambition, Paccanari ne sut pas dissimuler son aversion pour les Jésuites de Russie, et son intention de se substituer A leur place. C'était manquer aux promesses données et aux engagements pris. L'expression de ses dessoins secrets devint même si transparente, que le P. Varin et les autres crurent devoir exiger une déclaration signée, attestant qu'il persistait dans sa première résolution. Le supérieur général donna la déclaration ; mais il l'écrivit en termes assez ambigus pour se ménager, sans paraître manquer à sa parole, le moyen de poursuivre son but particulier. Elle ne satisfit point ceux qui l'avaient demandée; mais ils crurent bon de paraître s'en contenter.
Cependant Paccanari avait envoyé les siens de différents côtés; des maisons s'élevèrent en Italie, en Autriche, en Suisse, en Angleterre et môme eu Hollande, à Amsterdam. Le P. Varin fut dirigé vers la France avec deux compagnons, les Pères Roger et
Halnat. Il se forma bientôt autour d'eux un novau d'importantes recrues : les Pères Loriquet, Debrosse, Varlet, Ronsin, qui n'aspiraient tous qu'à se ranger, dès que Theure favorable aurait sonné, sous l'étendart de saint Ignace.
L'opposition du P. Paccànari devenait de plus en plus marquée ; elle devait un jour entraîner la ruine de son œuvre. Les anciens Jésuites suivaient d'un œil attentif et inquiet toutes ses menées. L'un des plus vigilants était le P. Virginio, chargé du soin de l'église italienne à Vienne*. Nous ne savons à quelle époque et à quelle occasion le P. Virginio avait eu des relations avec le P. de Clorivière. Mais il connaissait parfaitement son œuvre; il n'ignorait pas que, si le P. de Clorivière en avait modifié le plan primitif sous l'empire des circonstances, il n'avait rien changé à sa résolution de reprendre un jour les livrées de saint Ignace.
1. Le P. Virginio était, à Vienne, un des correspondants les plus assidus des Jésuites de Russie. On voit, aux lettres nombreuses qui lui sont adressées et aux expressions de gratitude dont elles sont remplies, qu'il mettait à leur service tout son dévouement et toute son activité. Il était chargé de leur procurer des novices, d'accueillir ceux qui se présentaient, de les examiner au nom du P. Général, et s'il trouvait en eux les qualités demandées par Tlnstitut, de leur ménager les moyens de faire le voyage de Polotsk, où était le noviciat. Il avait soin de tenir le P. Généitil au courant de tout ce qui pouvait l'intéresser pour le bon gouvernement de la Compagnie. En particulier, il ne lui laissa rien ignorer des i»ratiques peu sincères et des prétentions ambitieuses et personnelles du P. Paccànari, et il contribua, pour une bonne 'part, à démasquer ce remuant personnage et à lui faire perdre une considération immérilée. Le P. Virginio mourut à Vienne, lors de la première invasion des Français, victime de son zèle à assister les malades dans les hôpitaux. — P. Guidée. Notices historiques. T. II, j). i03, note.