‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 214 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE I

qu'entre eux ils se regardent comme les réformateurs des Jésuites, ou du moins destinés à le devenir; ce qui, comme vous le voyez, renferme une imputation bien grave contre les Jésuites de la Russie, c'est-è-dire le seul corps de la Compagnie qui existe, comme s'il avait besoia de réforme. On dit que l'Espagne, pendant qu'elle a fait, ces mois passés, des oppositions au rétablissement de la Compagnie en Russie, appuie sous main cette nouvelle Société. 11 y a même une personne assez instruite de ce qui se passe chez eux qui u dit que l'ambassadeur d'Espagne qui est ici, leur fournit plusieurs milliers de florins par mois, et qu'il entretient à ses frais trois de leurs maisons. La conduite d'ailleurs de quelques-uns de leurs supérieurs semble se ressentir d'une prudence trop humaine et poussée si loin, qu'elle semble donner lieu à concevoir des ombrages. Tout ce que je viens de dire n'empêche pas qu'il y ait parmi eux des sujets d'un très grand mérite; et j'ai même remarqué, en général, dans les membres de cette Société, une doctrine saine, du zèle et un grand fond de bonne volonté et de vertus religieuses.

«J'ai cru que vous m'auriez su mauvais gré de ne vous avoir pas communiqué ces détails, prévoyant que vous aurez, si vous n'avez pas eu déjà, des sollicitations pour réunir à cette Société celle du Sacré-Cœur. Si vous le croyez nécessaire, je pourrai vous donner sur toutes ces choses quelques notices plus circonstanciées; mais ce que j'en ai dit me semble sufTisant pour que, s'il était question de cette réunion, vous vous teniez en réserve, jusqu'à

ce que vous vous soyez donné le loisir de vérifier Tétat des choses, et surtout de consulter, s'il se peut, le Souverain Pontife... »

Cette lettre ne fut pas inutile. Husieurs des prêtres de la Société du Cœur de Jésus paraissent, en effet, avoir été sollicités de s'adjoindre aux Paccanaristes. C'était le temps moins que jamais. Le P. de Clorivière les en détourne de toutes ses forces. La dissolution, depuis longtemps préparée, était sur le point de se consommer. Le Bref Catho^ licae Fideij en date du 7 mai 1801, par lequel le Souverain Pontife . rétablissait publiquement la Compagnie de Jésus en Russie, précipita le dénouement. Les Pères de la Foi, surtout ceux qui avaient fait partie de la première Société du Sacré-Cœur, et qui avaient souffert davantage des tergiversations calculées de leur nouveau supérieur général, sentirent se renouveler plus vivement leurs désirs.

Ceux qui formaient la Province d'Angleterre, se détachèrent les premiers ^ En 1802, Paccanari avait appelé à Rome quelques-uns des membres les plus influents de sa congrégation. Le P. Varin y vînt de France et le P. Rozaven d'Angleterre. Ce

1. Ils avaient fondé à Kensington, près de Londres, un pensionnat qui se fit remarquer par le nombre, la bonne tenue et le succès de ses élèves. Le gouvernement anglais, sans leur être favorable, ne se montra pas hostile, et il les laissa subsister, en considération surtout du prince Charles de Broglie qui passait pour en être le supérieur. Ce collège ne vécut pas longtemps. De faux calculs avaient mis ses affaires en un si triste état qu'on ne put les terminer que par la vente des bâtiments. — P. Guidée. Notices historiques sur quelques membres de la Société des Pères du Sacré-Cœur, T. II, ch. xvi, p. 84 et 85.

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