‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 215 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE I

dont ils furent témoins, ne servit pas à dissiper les impressions désavantageuses qu'ils avaient reçues précédemment. Le P. Rozaven recueillit m^me sur le compte du supérieur général des confidences assez graves, dont, par prudence, il crut ne devoir rien dire, parce qu'elles ne lui paraissaient pas encore assez fondées. Mais, de retour en Angleterre, ces premiers soupçons furent confirmés par de nouveaux rapports et prirent tant de vraisemblance, qu'il se remit en route pour Rome, afin d'instruire de tout le Souverain Pontife, qui lui sut bon gré de sa démarche, et, après l'avoir entendu, lui dit ces propres paroles : « Vous avez bien fait, et je vous loue d'être venu de Londres pour éclairer la religion du Saint-Siège'. »

Pendant son absence, ses compagnons, le P. de Broglie en tête, écrivirent au P. Grttber, supérieur général de la Compagnie, pour solliciter leur admission. Le P. Grttber accepta, à condition qu'ils se présenteraient individuellement et qu'ils auraient par ailleurs les qualités requises ; il ne faisait d'exception temporaire que pour le P. de Broglie, qui devait auparavant libérer le collège de Kensington de ses embarras d'argent.

Plusieurs prêtres se hâtèrent de mettre à profit cette autorisation. Citons parmi eux les Pères Rozaven et Grivel. Le P. Rozaven fut admis au noviciat, le 28 mars 1804, et, dès les premières épreuves, il fit paraître ce qu'on pouvait attendre de ses éminentes qualités, a Le P. Rozaven, écrit le

i . P. Guidée. Vie du il. P. Joseph Varin... Paris, Poussicleui', 1854. Ch. XVI, p. 96.

P. Général, vient de terminer sa grande retraite; il donne satisfaction sur tous les points. j> La suite ne démentira point ces beaux commencements. Le P. Fidèle de Grivel l'avait devancé de quelques mois. Après un noviciat rapide, il fut envoyé dans les rudes missions du Volga ; on lui confia ensuite la classe de rhétorique au collège de Saint-Pétersbourg. Nous le retrouverons plus tard en France, où il viendra seconder le P. de Clorivière.

La nouvelle de ces départs fut, pour le P. Varin et ses compagnons, le signal d'une rupture définitive avec le supérieur général des Pères de la Foi. Le cardinal Spina, légat du Saint-Siège à Paris, approuva leur résolution et les délia de leur serment d'obéissance. Une grave question se posa alors devant eux. Devaient-ils, suivantleurs propres désirs, se rendre en Russie, ou feraient-ils mieux de rester en France pour y continuer les œuvres commencées ? Le Cardinal-Légat n'hésita pas à leur conseiller ce dernier parti.

Cette décision fut pour eux la décision même de Dieu. Ils se remettent donc à leurs ministères; ils dirigent leurs anciens collèges et en ouvrent de nouveaux, à Belley, à Roanne, à Amiens; puis à Montdidier, à Montmorillon, à Marvejols, à Largentière; ils donnent des missions à Tours, à Poitiers, à Bordeaux, à Grenoble, à Amiens et dans d'autres villes, et partout leur parole ardente et apostolique produit un salutaire ébranlement, et ramène à l'Eglise et à Dieu des multitudes depuis longtemps oublieuses de la foi comme des devoirs du christianisme. Le P. Varin est admirablement secondé par

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ses collaborateurs, les Pères Sellier, Loriquet. Roger, Jennesseaux, Thomas, Gloriot, Barat, Uebrosse, Varlet, Gury, Ronsin, tous hommes d'une grande vertu, qui n'attendent avec lui que le moment favorable pour entrer dans la Compagnie.

Celle-ci s'acheminait peu à peu vers une restauration générale. Les Brefs du 4 mars 180i et du 30 juillet 1804, qui la rétablissait canoniquement dans les états du czar et dans ceux du roi des Deux- Siciles, furent salués par les anciens Jésuites de tous les pays du monde avec une joie filijile et pleine d'espérance. Nulle part les acclamationa ne furent plus vives qu'en Angleterre et en Amérique, où la Compagnie était restée, pour ainsi dire, toujours vivante, groupée autour de ses anciens supérieurs et où elle avait gardé ses oeuvres et ses institutions. Malheureusement il à'était pas possible au plus grand nombre de passer en Russie; l'Age, les infirmités, et plus encore peut-être les nécessités du ministère apostolique les retenaient sur le sol natal. Un acte de condescendance du Vicaire de Jésus-Christ leva ces difficultés, en étendant jusqu'à eux la faveur accordée aux Jésuites de Russie et des Deux-Siciles.

En vertu d'une décision mvie vocis, transmise à Saint-Pétersbourg par les soins du cardinal Consalvi, secrétaire d'Etat, etduP.Giorgi, théologien de la Pénitencerie et ancien Jésuite, le P. Général fut autorisé à réunir à la Compagnie, sous certaines conditions, ceux qui se présenteraient dans les pays catholiques et non catholiques. Ce fut le signal d'un ébranlement général. La Province d'Angleterre fut presque aussitôt reconstituée sous l'autorité du

P. Marmaduke StoneS et les Jésuites des Etats-Unis, en attendant un supérieur général, furent confiés à la bienveillance et à la sollicitude de Mgr CarroU, qui s'était fait l'interprète de leurs vœux auprès du P. Brzozowski.

En France, le mouvement n'eut pas la liberté de se produire avec le même éclat : les congrégations religieuses, et particulièrement la Compagnie de Jésus, y étaient sévèrement interdites par le gouvernement ombrageux de Napoléon. Le P. Général n'ignorait pas cette situation; il attendait avecconfiance des temps meilleurs. « Non, non, écrivait-il, je ne désespère pas de la France; j'espère, au contraire, contre toute espérance que, tôt ou tard, la Compagnie de Jésus renaîtra dans ce pays'. j>

Le P. de Clorivière s'était mis de bonne heure en relation avec Saint-Pétersbourg, mais son arrestation et ensuite sa captivité avaient retardé l'effet de ses démarches. En 1805, quand M. Christine fut remis en liberté, il lui confia pour le P. Général une lettre dans laquelle, après avoir parlé de l'œuvre

1. Un des premiers à proGter de la concession du Souverain Pontife fut le P. Charles Fleury, Tancien ami du P. de Glorïvière. Après avoir renouvelé ses vœux simples, il fit, deux ans après, ceux de profès. Le décret du P. Général Tadmettant à ce degré était du 15 mars 1805; il portait avec son nom ceux des PP. Fontaine et Simpson, a Une consolation particulière, écrivait le P. Fleury au P. Provincial, le jour de sa profession, est venue s^ajouter pour moi à la joie de cette fête. J'étais revêtu, pendant la cérémonie, de la soutane même que notre P. Général Laurent Ricci avait portée dans sa captivité. Cette relique m'avait été envoyée tout exprés par mon noble protecteur (Lord Arundell), qui l'avait reçue lui-même de Rome, des mains du P. Thorpe. »

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