Lettre du i*»" mars 1806 au P. Beckers, à Amsterdam
LiVBE VI. CHAPITRE I.
qu'il avait fondée, il se liéclarait prilt à en laissfr la direction, si le P. Général jugeait cjui? ce fût un empêchement à sa réadmission. <,>uand cette lettre arriva à Saint-Pétersbourg, le P. Gruber venait rie mourir. Ce fut le P. Antoine Lustyg, Vicaire-général de la Compagnie, qui la reçut et qui lui répondit; après l'avoir félicité de son zèle pour les intérêts de Dieu et de l'Eglise, il ajoutait qu'il l'autorisait à ratifier sa profession et qu'il l'incorporait â la Province de Russie.
Dès qu'il eut recouvréla liberté, le P. de Cloriviére s'empressa de faire par\-enir au P. Tliaddce Brzozowski, successeur du P. Grliber, les hommages de sa filiale soumission. Il en reçut la réponse la plus paternelle et la plus bienveillante. « La lettre que Votre Paternité a bien voulu m'adresser, écrivit-il aussitôt, m'a pénétré d'un sentiment très intime de reconnaissance et d'une immense consolation. Merci mille fois de ce qu'elle consente, après tant d'années, & reconnaître encore pour un des siens, le iîls très indigne sans doute, mais j'ose le dire, très aimant de notre Compagnie. Déjà, le P. Lustyg avait bien voulu me recevoir. Prosterné aux pieds de Votre Paternité, je lui consacre de nouveau mon obéissance, et je lui demande humblement sa bénédiction... » Puis il fait pari au P. Général d'une proposition qui venait de lui être soumise par l'archevêque de Baltimore'. Mgr CarroU l'invitait à passer la mer et à venir se charger de la formation des novices. Cette
1. Une Bulle du Pape Pie Vil, en d.ile du 8 aiTil 1808. avait «ligâ le siège de Baltimore en siège ardiiépiscopal et créé les sièges snltragants de New- York, Philadelphie, Boston et Bardstown.
perspective avait de quoi tenter son zèle. Malgré ses soixante -quinze ans, il se sentait, disait-iK assez de forces physiques, assez de courage et d'ardeur pour accepter ce ministère. Mais il est retenu par divers empêchements, et surtout par le gouvernement de Foeuvre qu'il avait fondée, a Cependant si Sa Paternité jugeait que son départ fût plus conforme à la volonté divine, et si elle lui ordonnait d'accéder aux désirs de Sa Grandeur, il ferait tout pour partir sans aucun retard... »
Le P. Général n'accepta pas ses offres; il lui conseilla de rester en France et de continuer à s'occuper de ses œuvres, qui, a dans ces temps calamiteux pour l'Eglise, contribuaient si puissamment, disait-il, à étendre la gloire de Dieu*. »
La Providence avait aussi ses desseins. En effet, bientôt les événements vont se précipiter. L'orgueilleux monarque qui avait tenu si longtemps captif le chef de la catholicité, qui avait enchaîné la liberté de l'épiscopat, proscrit ou supprimé les associations religieuses et mis un bâillon à l'enseignement, tombait sous le poids de la justice divine, après des désastres inouïs dans l'histoire des peuples chrétiens, et prenait la route de l'exil.
L'Eglise et la France saluèrent avec d'ardentes acclamations le retour des rois très chrétiens, et les plus belles espérances de restauration religieuse et sociale firent battre tous les cœurs. Il devenait manifeste que la Compagnie de Jésus, déjà vivante en Angleterre et en Amérique, ostensiblement et
i . Lettre du P. Brzozowski au P. de Clorivièrey juin 1810.