‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 217 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE I

canoniquement rétablie dans plusieurs états soumis à des princes de la Maison de Bourbon, était sur le point de reparaître aussi en France et dans tout l'univers.

A la veille de cette résurrection, le P. de Clorivière sent le besoin de mettre encore une fois son dévouement et son obéissance aux pieds du P. Général . « Commandez, mon Révérend Père, lui écrit-il, commandez : tout ce que j'ai de force est à vous, en quelque lieu du monde que ce soit; je veux faire au delà même du possible; l'obéissance multipliera mes forces ; la confiance augmentera mon courage ; Dieu me donnera de pouvoir; ce que je ne pourrai par moi-même, peut-être le pourrai-je par d'autres. S'il se fait ici selon nos désirs, je ne demande, je n'ambitionne qu'un tout petit coin où je puisse mourir obscur et inconnu. »

La réponse du P. Général arriva quelques jours après. Loin de donner satisfaction aux pensées d'humilité du saint vieillard, le P. Brzozowski, par une lettre en date du 7/19 mai 1814, le chargeait du soin de préparer les voies au prochain rétablissement de la Compagnie en France; il l'engageait à se mettre en relation avec les anciens Jésuites français qui survivaient encore, et à leur demander leur concours dans cette grande œuvre; il l'autorisait à recevoir des novices et lui conférait le titre et les pouvoirs de supérieur. Le P. de Clorivière entrait dans sa quatre-vingtième année.

La tâche que l'obéissance venait d'imposer au P. de Clorivière était difficile ; elle aurait eu de quoi effrayer une âme moins courageuse et moins forte. Sa

première pensée, pour se conformer aux intentions du P. Général, fut de chercher autour de lui des auxiliaires; mais hélas! partout c'était le vide ou l'impuissance. Il faut se rappeler en effet que la proscription des Jésuites français datait de plus d'un demi-siècle. Tous ceux qui formaient alors la partie dirigeante de la Compagnie, et dont les conseils, la sagesse et Texpérience auraient été si nécessaires, avaient disparu ; ils étaient morts en exil ; ils avaient sacrifié" leur vie pour la foi pendant la Révolution*; ils avaient succombé aux fatigues de Tapostolat. A peine s'il en restait un petit nombre, épuisés par les années, incapables d'apporter une coopération active à l'œuvre de restauration, ou retenus par des obligations dont il ne leur était pas permis de se dégager'. La Russie et l'Angleterre auraient pu

1. Un catalog^ue dû aux patientes et pieuses recherches du P. Aloîs Pfister, donne les noms de trente-huit de ces généreux enfants de saint Ignace, martyrs ou confesseurs de la foi, égorgés à la Glacière d'Avignon, dans les prisons de la Force, des Carmes, de l'Abbaye, frappés sur Téchafaud ou victimes d'une mort lente et cruelle à bord des navires de transportât ion.

2. Les lettres du P. de Clorivière et du P. Simpson nomment plusieurs de ces vénérables survivants : le P. Pravaz, qui renouvela sa profession à Tàge de quatre-vingt-six ans; les PP. Pralet, d'Espinasse, doyen du Chapitre de Téglise métropolitaine de Paris, mort en 1817, à Tâge de quatre-vingt-huit ans; Segui de la Garde, Champier; ce dernier, malgré son âge de quatre-vingt-trois ans, a plein de feu et de vigueur, et, depuis soixante ans, curé d*une des principales paroisses (à Agen), et que Tévéque considère beaucoup.» — Lettre du P. Simpson au P. Général, 16 juin 1818. — Le P. Pralet, retiré à Amiens, mettait ses souvenirs au service des Pères de Saint-Acheul, qui le consultaient sur les usages de rancienne Compagnie. Il mourut en 1817, âgé de quatre-vingt-trois ans, laissant à la maison de Saint-Acheul sa chapelle, sa bibliothèque et

Page 1