LIVRE VI. CHAPITRE I
offrir les auxiliaires qui manquaient en France. Depuis quelques années, un certain nombre do prêtres français, membres pour la plupart de l'ancienne Société de la Foi, étaient allés à Saint- Pétersbourg et à Polotsk, s'enrôler sous Tétcndard de saint Ignace. Mais loin que le P. Général consentît a les laisser partir, il aurait eu besoin lui-même de nouveaux renforts, et, dans nombre de lettres, il n'avait cessé d'en réclamer avec instances, soit pour la prédication, soit pour l'enseignement.
Restait l'Angleterre, où vivaient encore quelques Jésuites de Tancienne Province de France, derniers débris de ceux qui s'y étaient retirés après 1762. Le P. de Clorivière se tourna de leur côté. Le premier nom à se présenter à sa pensée devait être celui du P. Fleury, cet ami de cœur auquel il avait voué une affection si sainte et si profonde. Dès le 26 juin, il lui écrivit i
a Mon Révérend Père et très cher ami,
a Le temps ne m'a fait, en aucune manière, perdre votre souvenir. Mon ancien ami du noviciat, le P. Fleury, a toujours été présent à mon cœur, et maintenant plus que jamais, depuis que j'ai su que nous étions réunis avec nos anciens Pères dans le sein de notre mère la Compagnie de Jésus. Pour
des instrumenis de physique. — Lettre du P. de Clorivière, 4 août 1817.
D'autres s'étaient éleiutB depuis peu de temps : le P. Dcipuits, le célèbre directeur de ia Congrégation des hommes, mort le iÔ décembre 1811; le P. Champion, mort à Rennes, en 1813. Les PP. Grou, Beauregard avaient disparu dès les premières .innées du siècle.
moi, quî ai cru pouvoir me regarder comme existant, le Bref de Clément XIV n'ayant point été admis par nos Evoques de France S j'ai été agrégé, lorsque j'étais encore détenu à la Tour du Temple, à la Province des Jésuites de Russie, et, depuis ce temps, autant que les circonstances l'ont permis, j'ai été en correspondance avec notre général à Saint- Pétersbourg, le R. P. Brzozowski. Je lui ai écrit par occasion depuis la cessation des hostilités; et, depuis peu de jours, j'ai reçu de lui une lettre qu'il m'a écrite avant d'avoir pu recevoir la mienne. Par
1. Nous n'avons point à porter de jugement sur cette opinion du P. de Glorivière, d'autant plus qu'au moment de la suppression, U se trouvait en Belgique, où le Bref Dominua ac Bedemptor fut régulièrement promulgué. Mais quant à ce qui concerne les Jésuites de France, il est certain que le document pontifical ne leur fut point notifié dans la manière indiquée par la commission de aholenda Societate, Le gouvernement qui, depuis plus de dix ans déjà, était arrivé à ses fins, ne chercha point à peser sur les évéques dont les mémorables protestations, en 1761 et 1762, restaient toujours présentes à sa mémoire ; il accepta le Bref, mais sans le revêtir de ses lettres patentes, ni le faire enregistrer par les cours du royaume.
Grétineau-Joly va plus loin. Dans son Histoire de la Compagnie de Jésus et dans ses lettres à Theiner, il affirme que Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, fit parvenir au Souverain Pontife une déclaration dans laquelle, parlant au nom de tout le clergé du royaume, le prélat protestait qu'il ne permettrait « jamais la publication d'un tel Bref, » et il donne en entier cette déclaration d'une forme respectueuse, mais d'une liberté toute apostolique. L'authenticité de ce document n'est pas rigoureusement démontrée, les pièces matérielles qui pourraient l'établir faisant défaut. Le P. Regnault, dans sa belle Histoire de Christophe de Beaumont, t. II, 1. VI, ch. VIII, p. 234, indique rapidement les raisons pour et contre sans se prononcer d'une manière définitive. Pour la discussion du problème, il renvoie le lecteur aux lettres de Crétineau-Joly en réponse à Theiner.