LIVRE I. CHAPITRE III
ce sentiments et cette affection tendre et filiale pour « la Compagnie; ne m'arrachez pas, je vous en prie, a d'entre les bras de la meilleure de toutes les mères ; a elle m'a souffert jusqu'à présent malgré toutes mes ce misères; je ne crois pas qu'elle prît plaisir à voir ce qu'on me séparât d'elle dans le temps de son a afQiction. » — Si ma lettre ne tarde pas trop, écrivez-moi au collège à Douai, où je me rendrai le 30 de ce mois, et où je resterai jusqu'à ce que je reçoive réponse du P. Provincial de cette Province. Si elle ne m'est pas favorable, et que le P. de la Croix ne me donne pas d'autre ordre, j'irai comme je lui ai marqué, ou à Arras, ou à Compiègne. »
Un attachement si profond pour la Compagnie persécutée, et une confiance si tranquille en la Providence méritaient de ne pas être trompés. Le 30 juin, selon l'ordre de son supérieur, il se rendit à Douai. La Compagnie de Jésus possédait deux maisons dans cette ville : un séminaire écossais qui y avait été transféré de Pont-à-Mousson en 1590, et un grand collège placé sous la direction des Pères de la Gaule- Belgique et depuis longtemps érigé en Université. C'est là que le P. de Clorivière reçut l'hospitalité ^
1 . Une partie des maisons de la Province Gallo-Belge : Cambrai, Douai, Lille, Valenciennes,Saint-Omer, etc., étaient situées sur le territoire français ; c'est peut-être pour cette raison que le F. de Clorivière n'y fut pas admis. l\ était facile de prévoir, en effet, que le Parlement de Flandre, quelles que fussent d'ailleurs sa bienveillance actuelle et son équité, devrait un jour ou l'autre céder à la pression venue de celai de Paris. Nous aimons à dire à Fhonneur de la Cour de Douai qu'elle résista longtemps ; elle laissa les Pères dans leurs maisons et leurs collèges jusqu'aul*' avril 1765, et en les expulsant, elle s'abstint
L'épreuve touche à sa fin. Elle va se terminer d'une façon qu'il n'avait sans doute pas prévue, et qui justifia de la manière la plus éclatante son parfait abandon entre les mains de Dieu. Jusque là, il semble n'avoir eu en vue que de se ménager un abri temporaire en attendant la fin de la tempête ; mais il n'avait pas eu la pensée de quitter la Province dont il faisait partie, pour entrer dans une Province étrangère. Il se défendra tout à l'heure d'avoir fait la moindre démarche dans ce sens. Il paraissait plus que jamais oublié du ciel et laissé à sa propre initiative, quand Dieu fixa tout à coup ses incertitudes, en inspirant à un des Pères du collège écossais la pensée de le demander au P. de la Croix pour la Province d'Angleterre. Tout se termina dans l'espace de quelques jours et delà manière la plus heureuse. Le F. de Clorivière se hâte d'en envoyer la nouvelle à son ami :
a Le P. de la Croix me mande que je n'ai qu'à partir au plus tôt pour Liège, parce que ma destination n'est pas pour la Province Gallo-Belgique, mais
de qualifications injurieuses; elle se montra aussi moins inhumaine et moins cupide. Chacun des proscrits eut le droit d'emporter ce qui était à son usage personnel, et reçut une somme d'argent pour subvenir aux premières nécessités. De plus, une pension de 400 livres pour les profès, et de 200 livres pour les autres, fut gai*antie, sans qu'il fût besoin de Tacheter au prix de Thumiliation et aux dépens de la conscience, à la seule condition que des biens de famiUe ne créeraient pas par ailleurs des ressources suffisantes. Un intervalle de quinze jours était laissé entre le départ des régents de la Compagnie et rinstallation de leurs successeurs, et aucune menace n'était faite aux familles pour les contraindre à donner leurs enfants aux nouveaux instituteurs. (Cf. Arrêta de la Cour de Flandre, 49 mars 1765).