LIVRE VI. CBA.PITRG I
profès et supérieur de la maison d'Amsterdam.
a Mon départ, écrivait-il peu de temps après ati P. Général, ne devait être différé que de quelques jours, pour me donner le temps d'informer le P. <!e Clorivière de mon voyage, et lui témoigner la juic que nous éprouverions, si Votre Paternité nous le donnait pour la France, comme elle a donné le P. Fonteync à la Flandre. Quelles furent ma surprise et ma consolation, lorsque, dans cet intervalle, il m'annonça lui-même qu'il venait de recevoir une lettre de Votre Paternité, qui l'autorisait à préparer les moyens de rétablir en France la Compagnie! .le m'empressai donc de me rendre auprès de lui, et. considérant en sa personne Votre Paternité dont il nous tient la place, je me remis entièrement entre ses mains, et avec moi tous ceux dont la Providence m'avait, pour un temps, confié la direction'. »
Le P. Varin amenait avec lui trois de ses collèpuos, les PP. Roger, Boissard et Jennesseaux; le P. de Clorivière les examina suivant les prescriptions de l'Institut et les admit aussitôt à commencer leur noviciat. C'était le 19 juillet 1814, fête de saint-Vinceiitde-Paul et vingt-quatrième anniversaire du jour oïi, dans la petite chapelle du couvent de la Croix, à Saint-Servan, il avait conçu le plan de cette Société du Cœur de Jésus qui, dans sa pensée première, étiiit destinée à faire revivre, sous une forme nouvelle, la Compagnie de Jésus. D'autres suivirent bientôt. On distinguait parmi eux les PP. Ronsin, Loriquet. Béquet, Coulon; le 31 juillet, fête de saint Ignace,
1. Lettre au P. Général.iam 1814. — Cf, P. Guidée, Vie du P. Varin, 2- édit., ch. xxu, p. 210.
ils étaient au nombre de douze, dix prêtres et deux frères coadjuteurs. C'était un bien petit troupeau ; mais les espérances étaient belles, et la protection du saint fondateur, dont on célébrait pour la première fois la glorieuse m'émoire après le deuil et le silence d'un demi-siècle, multipliait Tallégresse et dilatait tous les cœurs. Un des nouveau-venus chanta cette mémorable journée, et salua l'aurore de la vie nouvelle qui se levait pour la Compagnie de Jésus*.
Cette fête était l'annonce d'une autre plus solennelle. Après tant de persécutions, de calomnies, de luttes de toute sorte, consommées par un décret de mort signé contre elle sous la pression sacrilège des ennemis de l'Eglise, la Compagnie de Jésus allait voir enfin briller l'heure de la réparation, entendre de nouveau ses institutions glorifiées et recueillir une sentence de vie des lèvres du Pontife romain, parlant dans la plénitude de sa puissance apostolique, sous la seule impulsion du Saint-Esprit et des vœux de tout le peuple chrétien.
1. C'est à la muse latine que le poète avait demandé l'expression de sa pensée. On nous permettra de transcrire les quelques vers qui embellirent cette première fête de famille :
f Reverendissimo in Christo Patri de Clorivière Societatis Jesu in Gallia commissario général!.
« Post longos optata dies tandem incipit annos ;
Promere nanc animis gaudia nostra juvat. Salve, festa dies, culta celebranda perenni,
Qua Loyolœ sobolis surculus ecce viret.
Annuit arridens tacitis Ignatius ausis,
Et magnam parvis afferet almus opem. Vivat * noster amor, redivivœ gloria gentis ;
Vocibus, exemplo, nos dabit esse suos. d
* R. P. de Clorivière.
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Depuis longtemps, le projet de cette restauration était arrêté dans la pensée du Pape Pie VII. Quand les Jésuites de Naples, chassés par l'inva&luu française, en 1806, s'étaient retirés à Rome, le P. Brzozowski avait exprimé ie désir de voir quelqups-uns des exilés, parmi les plus jeunes, venir chercher un asile en Russie. Le Saint -Père, consulté par le P. Pignatelli, l'avait dissuadé d'accepter celte paternelle invitation, « parce qu'il méditait la Bulle du rétablissement général de la Compagnie ' . » On sait les obstacles qui s'opposèrent à rexécutiou de ce dessein. ËnOn le jour marqué par la Providence arriva; ce fut le 7 août 1814, octave de la iéte de saint Ignace.
L'allégresse fut universelle à Rome. Le cardinal Pacca, dans ses Mémoires, a rapproché les deux dates si différentes de 1773 et de 1814. « La 17 août 1773, jour de la publication du Bref Domîuus ac Hedemptor, on voyait, dit-il, la surprise et la douleur peintes sur tous les visages. Le 7 août 1814, jour de la résurrection de la Compagnie, Rome retentissait de cris de joie, d'acclamations et d'applaudissements. Le peuple romain accompagna
i. Summui Pontifex non fuit auclor ut hue mitterentur, qvia BuUatn universalis restitutionis Socielatis medilabatur . — Lfttre dv P. Brzoïouiakiau P. Charles Neale, supérieur du collège de Georgetown, Amérique, il avril 1811. ■ Ce que je dis là est certain, ajoutait le P. Général, mais ne doit pas être publié inconsidéré ment; ce ne sera pas inutile cependant ponr consoler et fortifier Sa Grandeur, Mgr Carroll et son 1res digne Coadjuteur. " Dans la Bnlle de rétablissement, le Souverain Pontife déclara lu t'ffut qu'il accomplissait alors ■ ce qu'il aurait désiré faire dès Ip commencement de son Pontifical. •
Pie VII depuis le Quirinal jusqu'à Téglise du Gesù, où Ton fit la lecture de la Bulle, et le retour du Pape à son palais fut une marche triomphale ^ 7>
i. Memorie StotHche, Cf. Crétine\u-Jolt, Histoire de la Compagnie de Jésus. 3" édit., t. V, ch. vu, p. 432.