‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 222 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE II

préfet du département avait osé surseoir à l'exécution de la sentence impériale et, par diverses influences, avait prolongé son existence de deux années entières^ Il était alors tombé sous le régime de l'Université, mais sans perdre tout à fait ses traditions chrétiennes. La ville y avait fait entrer quelques ecclésiastiques, dont l'un était directeur.

En 1814, ce directeur était sur le point de se retirer. Dans l'appréhension qu'on ne lui donnât un successeur moins digne de leur confiance, les habitants de Belley, chez qui le souvenir de la Compagnie et des Pères de la Foi était toujours demeuré en honneur, se tournèrent de leur côté.

Le P. de Glorivière refusa, ou du moins fit une réponse dilatoire; il ne disposait que d'un petit nombre de sujets, il avait déjà des engagements sur un autre point, et, du reste, la situation du collège n'était ni assez nette, ni assez indépendante. Les lois de monopole qui, depuis la fondation de l'Université, et surtout depuis les décrets de 1809 et de 1811, avaient régi toutes les maisons d'éducation et même les petits séminaires n'avaient pas été rapportées et continuaient d'être en vigueur. Au lendemain de l'abdication de Bonaparte à Fontainebleau, le gouvernement avait bien reconnu les droits du père de famille, et la liberté qu'il tient de Dieu de choisir lui-même « la forme et la direction de l'éducation de

1. On sait que Lamartine avait fait ses études au collëe^e de Belley. Le P. Guidée a rapporté le beau témoignante que le poète rendait plus tard à ses anciens maîtres qu'il appelait a ses amis plus que ses professeurs. » — Vie du P. Varin, 2« édit., ch. xv, p. 149, note.

ses enfants ^ j> mais la multitude des ruines à relever, et plus encore peut-être Tindécision et la faiblesse du pouvoir, qui craignait de rompre trop ouvertement avec les institutions et les principes du régime précédent, avaient fait ajourner ou presque entièrement sacrifier les réformes nécessaires dans l'enseignement. Il fallait donc attendre.

Les petits séminaires étaient soumis, comme les autres maisons d'éducation, aux règlements universitaires. Le décret de 1811 portait que ces écoles ne pourraient être organisées que par l'Université, régies que sous l'autorité de l'Université, que l'enseignement ne pourrait y être donné que par des membres de l'Université, que les prospectus et les règlements seraient rédigés par le conseil de l'Université. Et si les évêques, pour soustraire leurs jeunes gens à un contact dangereux, voulaient les réunir dans des maisons spéciales en dehors des collèges de l'Etat, il était réglé que ces jeunes gens seraient conduits au lycée pour y suivre les classes. C'était une véritable servitude, dont il importait à la dignité de l'Eglise de s'affranchir au plus tôt, et c'était la première réforme à faire. Le gouvernement ne pouvait pas s'y refuser. Le 5 octobre 1814, un décret royal rendit aux évêques l'exercice du droit qui leur appartient en vertu même de leur mission divine et de leur rôle de pasteurs.

L'article premier était ainsi conçu : a Les archevêques et évêques de notre royaume pourront avoir, dans chaque département, une école ecclésiastique,

i. Arrêté publié dans le Moniteur du 8 avril 1814.

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