LIVRE IV. CHAPITRE II
dont ils nommeront les chefs et les instituteurs, et où ils feront instruire dans les lettres les jeunes gens destinés à entrer dans les grands séminaires. x>
Ce n'était pas encore la liberté complète ; le décret du 5 octobre ne regardait que les petits séminaires. Mais c'était une entrave de moins. Après le despotisme sous lequel avait gémi TEglise, cette mesure de réparation et de justice fut accueillie avec gratitude et saluée comme une espérance.
L'épiscopat se mit aussitôt en devoir d'en profiter. Mais où trouver des maîtres? Le clergé séculier, décimé par la Révolution, et, depuis, gêné dans son recrutement, était peu nombreux et suffisait à peine aux charges écrasantes et multiples du ministère. La Compagnie de Jésus gardait encore sa réputation, et les cinquante années qui venaient de s'écouler n'avaient pas été faites pour effacer les regrets amenés par sa disparition. Elle parut providentiellement relevée pour apporter son concours à la cause de l'éducation en détresse. Plusieurs évoques s'adressèrent aussitôt à elle.
Le P. de Clorivière ne put pas répondre à toutes les sollicitations; il n'accepta, pour cette première année, que les collèges ou petits séminaires de Saint- Acheul, de Bordeaux, de Montmorillon et le grand séminaire de Soissons.
Des négociations avaient été ouvertes, dès le mois de juillet 1814, avec la ville d'Amiens en vue d'y établir une école libre. Le P. Sellier, encore membre de la Société de la Foi, mais depuis longtemps Jésuite par le cœur et par les désirs, avait été chargé de les conduire à bonne fin. L'Académie s^inquiéta.
Pour parer le coup, elle fit offrir au P. Sellier, par ri'utrcmise de Mgr de Mandoix, évéque d'Amiens, la place de proviseur du lycée de cette ville. Le P. Sellier ne se laissa pas prendre au piège. 11 iL'iiondit courtoisement qu'il se trouvait très honoré do la confiance dont il était l'objet, et qu'il accepterai! volontiers, mais à deux conditions : 1° qu'il uuiait le droit de ne garder parmi les maîtres et les i-li'vcs que ceux qui lui conviendraient; 2° qu'il jouirait d'une pleine et entière liberté dans le gniivernement intérieur de la maison. La réponse fut comprise, et l'Académie n'insista pas.
(^;pcndant le Père s'occupait de trouver un local. A]<ri-3 diverses tentatives, il arrêta son choix sur la j,naude abbaye des Génovéfains dite de Saint-Achenl, ;'i une petite distance d'Amiens. Le P. de Clorivière Ht partir aussitôt le P. Nicolas Jennesseaux, avec pouvoir de conclure un bail de location. Le bail <^'0iiclu, les travaux d'appropriation commencèrent sur le champ. L'Académie s'alarma de nouveau. En vniu, pour ménager ses susceptibilités, on déclara que la nouvelle maison prendrait le nom de petit !st!iiinaire et non celui de collège; mais on vivait encore sous l'empire du décret de 1811. Forte de son avantage légal, elle requit le Procureur du roi d<' faire examiner par un commissaire de police s'il «'■lait vrai qu'on se disposât à ouvrir une école libre ù Saint-Acheul. Les Pères n'avaient point agi dans Ii-'s lûnèbres; le commissaire vérifia sans peine l'état ilfs choses, et ordre fut donné de suspendre les travaux. L'interruption fut de peu de jours, le décret ipii autorisait les évoques à ouvrir des petits sémi-