‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 224 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE II

naires ayant paru peu de temps après. Les préparatifs d'aménagement et d'appropriation reprirent aussitôt avec une nouvelle ardeur. Le P. de Clorivière vint lui-môme, dans le courant du mois d'octobre, apporter le stimulant de sa présence, et recevoir dans la Compagnie quelques-uns des futurs maîtres. Il nomma le P. Jennesseaux supérieur ; le P. Loriquet, professeur de rhétorique, fut institué maître des novices, et tout étant à peu près disposé, les classes s'ouvrirent, le 3 novembre, avec toute la solennité possible. Les élèves présents étaient au nombre de cent quarante environ ; ils allaient presque décupler dans l'espace de dix ans.

Deux jours auparavant, à une autre extrémité de la France, avait eu lieu une cérémonie semblable; le petit séminaire de Bordeaux avait été inauguré le l'"" novembre, fête de la Toussaint. C'était à la demande et sur l'initiative de Mgr d'Aviau-du-Boisde-Sanzay, archevêque de cette ville. Mgr d'Aviau avait été l'élève de la Compagnie, à La Flèche et à Poitiers; nul autre n'avait plus souffert de la proscription de ses maîtres et ne leur était resté plus fidèle aux jours de l'adversité; archevêque de Vienne, il avait, par piété fdiale, remis en honneur le pèlerinage de saint Jean-François Régis, à La Louvesc. En ouvrant sa ville épiscopale aux Pères de la Foi et à la Compagnie de Jésus, il mettait le dernier sceau à une annonce prophétique qui lui avait été faite de longues années auparavant par le P. Nectoux, homme d'une haute vertu, auquel les souvenirs du temps attribuent des grâces extraordinaires, et même la résurrection d'un enfant qu'une

mère, folle de douleur, mais pleine de confiance, était venue déposer à ses pieds. C'est M. Tabbé Lyonnet, plus tard archevêque d'Alby, qui, dans rhistoire de Mgr d'Aviau, rapporte cette prophétie dont chacun pouvait voir Taccomplissement de ses yeux.

Un jour, le P. Nectoux avait rencontré M. Tabbé d'Aviau dans les rues de Poitiers ; il Tavait emmené avec lui et l'avait fait monter dans son appartement. « Soudain, raconte M. Lyonnet, il ferme la porte sur lui, et se jetant à ses pieds, il baise respectueusement sa main à l'endroit où les évéques portent Tanneau pastoral ; puis se relevant, il lui parle en ces termes : a O mon fils, de grands malheurs nous ont a frappés. C^est de la France, pays jadis si religieux, « que le coup est parti. Après avoir dissous le a corps, on persécute impitoyablement les membres. (c Où fuir? Où aller? Bientôt tous les états de l'Europe « catholique nous seront fermés. Mais permettez- « moi, au nom de Dieu, de vous faire une ouverture a qui nous touche réciproquement : aux jours mau- « vais succéderont des jours meilleurs ; l'arbre qu'on ce avait cru abattu se relèvera au souffle du Seigneur. a Ce ne seront d'abord que quelques rameaux entés a sur le vieux tronc qui reverdiront; vous les prêtées gérez, Monseigneur, vous les accueillerez comme « un père dans votre diocèse ; dispersés à leur tour a par une autre tempête, ils se réuniront de nouveau a sous vos ailes, à la suite d'un grand événement qui ce rendra la paix au monde ; alors, quittant leur nom « d'emprunt, ils prendront, en s'unissant à la vieille a tige dont ils auront jusque-là sucé la sève, celui

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