LIVRE VI. CHAPITRE II
étaient rigoureusement défendues, à moins d'une nécessité indispensable ; les fonctions du saint ministère étaient interdites à tous les prêtres.
L'épreuve capitale du noviciat, celle que saint Ignace a placée en premier lieu et qui ne doit jamais être omise, c'est la retraite d'un mois. Par la force des choses, le noviciat de la rue des Postes était privé de plusieurs des moyens en usage dans la Compagnie pour la formation des novices; d'autre part, le petit nombre des sujets et la multiplicité des œuvres devaient nécessairement abréger, pour plusieurs, le terme régulier des deux ans de probation : autant de raisons pour apporter à cette première épreuve toute la diligence possible.
Les exercices commencèrent le lendemain de la fête de sainte Geneviève, 4 janvier 1815. Outre les scolastiques et les frères coadjuteurs, trente prêtres y prirent part^ A la vue d'une réunion si nombreuse et si belle, le P. de Clorivière sentit son courage s'animer, ses forces se multiplier. On aurait de la peine à le croire, si les souvenirs des contemporains n'étaient là pour l'attester'. Il parlait trois fois par jour, pendant plus d'une heure chaque fois, avec une vigueur et une animation qui étonnaient au delà de toute expression dans un vieillard de plus de quatrevingts ans. Cette abondance pourra paraître exagérée ; peut-être ne laissait-elle pas assez de place à Tinitiative personnelle ; mais elle avait son excuse dans
i. Lettre du P. Grivel au P. Général, 31 octobre 1816.
2. Mémoires sur le noviciat de Montrouge, pour servir à Vhistaire de la Société de Jésus en France; depuis Vannée 1818 jusqu'en Vannée 1828 inclusivement. Ouvrage manuscrit. Introduction.
les circonstances. C'était celle d'un homme dont le zèle déborde, qui veut condenser en quelques jours le travail qu'il ne lui sera pas permis de faire à loisir; et qui, contraint de se séparer avant Theurc de ses disciples et de ses enfants, redouble ses avertissements et ses leçons.
L'hiver, qui fut très froid cette année-là, ajouta ses rigueurs aux fatigues des exercices. Un chauffoir avait été établi dans la salle commune ; mais, écrit le P. Cuënet, a en dehors des récréations, je ne puis y faire venir les novices. » Le P. Cuënet trace ensuite en quelques mots le tableau qu'il a sous les yeux, a La régularité la plus grande, la ferveur la plus vive régnent ici. Et le bon vieillard qui se rajeunit, tout en étant dans une action permanente, depuis trois heures du matin jusqu'à dix heures du soir; et nos anciens Pères qui disputent aux jeunes les pénitences, les humiliations! Quel spectacle!... » Aussi les journées passent rapidement et les fruits recueillis sont nombreux, a Aucun de nous n'a pu trouver le temps long; pour mon compte, il me semble que je l'aurais vu allongé encore volontiers. Je voyais déjà mes collègues et nos jeunes gens bien fervents avant cette retraite; mais actuellement, ils paraissent comme embrasés'. »
Les Exercices terminés, ceux que le P. de Clorivière avait fait venir des collèges retournèrent à leur poste, comme les apôtres sortant du cénacle, avides de répandre autour d'eux les trésors de lumière et de sainte ferveur dont ils venaient de
i . Lettres du P . Cuënet à M'ne Bressand, ancienne Ursuline, à Besançon, février 1815.