LIVRE VI. CHAPITRE II
s'enrichir. Les autres restèrent à Paris et se remirent avec un élan nouveau aux exercices habituels du noviciat.
Un événement extraordinaire vint brusquement les interrompre. Napoléon s'était échappé de Tîle d'Elbe, et secondé par la victoire et par la trahison, il était rentré, le 20 mars 1814, au palais des Tuileries. Ni l'enseignement, ni les Ordres religieux n'avaient à se réjouir de ce retour. En effet, dès le 30 mars, parut un décret qui rétablissait a l'Université impériale, telle qu'elle était organisée par le décret du 17 mars 1808'. » Le P. de Clorivière jugea qu'il était utile de disperser au moins les membres de la maison de Paris. Un généreux chrétien, M. de Vieuville, ayant offert son château aux environs d'Amiens, le P. Cuënet s'y retira avec une quinzaine de novices pris parmi les plus jeunes. Mais le voisinage de la ville et d'une grande route, fit craindre qu'il n'y eût imprudence à en garder ensemble un si grand nombre. Quelques-uns furent donc dirigés vers d'autres retraites. Au premier mouvement des troupes de Napoléon vers le Nord, la demeure de M. de Vieuville ne parut plus même assez sûre pour ceux qui s'y trouvaient encore, et presque tous furent envoyés dans leurs familles. Les novices plus âgés avaient été dispersés de différents côtés. Les PP. Varin et Boissard allèrent à Soissons*; les
i. Bientôt après, cédant à une sorte d'inspiration, justifiée par les faits, le P. Varin se rendit dans le Berry auprès de W^^ d'Houet (de Bengy de Bonnault d'Houet), plus tard fondatrice et première supérieure générale de la Congrégation des Fidèles Compagnes de Jésus. {Vie du P. Varin, ch. xxn, 2« édit.)
frères Valentîn se dirigèrent vers le Poitou ; d'autres se rendirent en Bretagne. Ils furent partout bien accueillis et, en plus d'un endroit, leurs travaux marquèrent la première origine d'une résidence ou d'un collège que nous verrons bientôt s'ouvrir.
Quant aux novices qui, au moment de l'explosion de la tourmente, étaient occupés dans les séminaires, le P. de Clorivière espéra, malgré le récent décret du 30 mars, qu'ils pourraient continuer à vivre ensemble sous la protection des évoques. En effet, à l'exception du grand séminaire de Soissons, qui dut interrompre les classes, aucua autre établissement n'eut à souffrir. A Saint- Acheul, plus rapproché du théâtre sur lequel allaient se décider les destinées de Napoléon, les alarmes furent vives. Destitués de tout secours humain, les supérieurs se tournèrent du côté du ciel; ils promirent des messes, un pèlerinage, et d'autres bonnes œuvres, si le collège échappait au danger de la dispersion. Les enfants, de leur côté, n'épargnèrent ni vœux, ni prières; ce fut surtout pendant le mois de Marie qu'ils redoublèrent leurs supplications, a Rien n'était plus édifiant, raconte un témoin oculaire, que l'aspect de la multitude d'élèves qui se pressaient dans la chapelle de la Sainte Vierge et autour de sa statue, au commencement de chaque récréation. On les voyait réunis deux à deux, ou trois à trois, réciter ensemble les prières qu'ils s'étaient prescrites, présenter à Marie le religieux tribut de leurs hommages et implorer sa protection auprès de son divin Fils...
« Le danger le plus prochain et le plus redoutable pour nous, continue l'annaliste, avait été l'ordre