‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 245 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE IV

même année 1816, a le succès fut si étonnant, qu*on peut à peine en croire le récita t> Mêmes triomphes de la grâce à Bourges, où les confesseurs manquèrent à la foule des pénitents*; puis à Nevers, où les anges applaudirent à la conversion de deux mille pécheurs invétérés, dont un grand nombre avaient rompu avec toute pratique religieuse depuis trente et quarante ans. Des associations de charité, des congrégations en Thonneur du Sacré-Cœur et de la Sainte Vierge furent érigées pour entretenir et perpétuer les fruits obtenus.

Je ne dirai rien d*autres missions prêchées au Mans, à Auray,etc. Les résultats n'y sont pas moins beaux, ce Si Ton pouvait donner mille missions en France, écrivait le P. de Grivel, la France serait convertie; le peuple est avide de la parole de Dieu.»

Nous laissons le récit de ces différentes missions pour nous arrêter un moment à celle de Saint-Malo, qui se rattache par un intérêt spécial à notre sujet. La relation en fut envoyée au P. de Clorivière par un des missionnaires, le P. Gloriot.

« Notre mission s'est terminée à Saint-Malo et à Saint-Servan, le 21 décembre 1817. Jamais nous n'avons été pressés par les occupations comme nous l'avons été dans ces deux villes. Nous étions cependant secondés par plus de soixante prêtres, excellents ouvriers. Nous avons eu quatre communions générales à Saint-Malo, et trois à Saint-Servan, outre la communion de la nuit de Noël qui a été aussi

i . Lettre du P. de Clorivière au P. Général^ 30 décembre 1816. 2. Jd., 26 avrill817.

nombreuse. Nous évaluons à plus de douze mille les personnes qui ont fait la mission. L'affluence des hommes s'est soutenue jusqu'à la fin ; nous en avons confessé autant, et peut-être plus que de femmes. Nous avons été contrariés par des orages épouvantables. L'ardeur du peuple a fait passer par-dessus tous ces obstacles. La croix a été replacée au lieu même où l'avait plantée M. Boursoul, il y a quarante à cinquante ans, au bout de la levée que vous avez sans doute parcourue plusieurs fois : plus de cinq cents hommes de toutes classes s'étaient inscrits pour la porter; on en a formé neuf compagnies commandées par des chevaliers de saint Louis et par les personnes les plus notables. Elle fut d'abord bénie sur la place Saint-Thomas, à l'endroit même où des prêtres ont été guillotinés, et où les saintes hosties ont été foulées et brûlées. Je ne pouvais croire que, vu l'impétuosité de la mer qui menaçait la digue, on aurait même le courage de la porter à cette grande distance de près d'une demi-lieue. Je frémissais à la seule pensée de la voir élever sur un lieu où l'on était exposé à toute la fureur d'un vent du Nord-Ouest, qui permettait à peine de marcher. Mais nos marins, et le peuple, et les jeunes filles compie les hommes les plus forts, nous ont donné l'exemple.... Et la croix s'est élevée comme s'il n'y eût pas eu de tempête. Des prêtres portaient sur im magnifique brancard un christ sculpté qui était de grandeur naturelle. Lorsqu'on le fixa sur la croix, un marin s'écria qu'il n'y concourrait pas, qu'il l'avait déjà assez crucifié pendant la Révolution. Un autre fit à peu près la même confession.

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