‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 246 sur 315 · LIVRB VI. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRB VI. CHAPITRE IV

a Paramé rivalisait avec Saint-Malo. Ces braves gens partaient à trois heures du matin, et venaient attendre à la porte Saint-Vincent jusqu'à ce qu'on l'ouvrît. Le bon curé, votre successeur, avait parfois des inquiétudes ; mais il les a laissé faire et en a été tout consolé. Le sermon du pardon des injures a produit la plus vive sensation. On se leva en masse pour exprimer qu'on pardonnait. Une marchande de poissons qui tient le premier rang parmi sa classe, laquelle est vraiment recommandable par sa foi, a élevé la voix en criant qu'elle pardonnait tout ce qu'on lui avait fait pendant la Révolution, comme elle voulait que Dieu lui pardonnât; et elle avait cruellement souffert. Deux frères ennemis comme le sont des frères, sont venus s'embrasser au pied d'un crucifix, et le surlendemain, ils allèrent ensemble à la communion. Nous avons lieu de nous féliciter d'avoir fait marcher ensemble les deux missions de Saint- Servan et de Saint-Malo ; elles se sont électrisées à raison d'une émulation qui est aussi ancienne que ces deux villes, et que l'on avait bien de la peine à ménager... »

Le clergé des cités évangélisées ne rendit pas un témoignage moins explicite des succès de la mission. « Ils ont été véritablement prodigieux, écrivait le curé de Saint-Servan au P. de Clorivière ; il n'y a eu sur ce point qu'un sentiment et une voix, parmi tous ceux qui ont été témoins des événements. Le clergé et le peuple, les amis de la religion et ses ennemis, ne peuvent revenir de leur étonnement et ont peine ù en croire leurs yeux. A Dieu seul, je le dis bien volontiers avec vous, à Dieu seul en soit la gloire;

c'est bien évidemment son œuvre. Nous ne pouvons pourtant pas oublier les dignes ouvriers qui ont si bien secondé les desseins de sa miséricorde à notre égard. Je ne saurais vous exprimer tout ce qu*ils ont inspiré de respect, de reconnaissance et d'attachement à tous les habitants de Saint-Servan. Leur départ a été le sujet d'un deuil général et a fait couler les larmes de tous les yeux. Jamais je n'avais vu, sur le compte d'aucun homme, une telle uniformité de sentiments. Ceux même de nos habitants (et Dieu merci, le nombre en est petit), qui n'ont pas profité du zèle des missionnaires, n'ont pu s'empêcher de Tadmirer. Les pieux établissements que ces Messieurs ont formés ici rivalisent de ferveur et nous donnent pour l'avenir les plus consolantes espérances. »

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