‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 248 sur 315 · LIVRE VI. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE VI. CHAPITRE V

ment des armes; le courage et le dévouement suppléeront à ce qui manquera du côté de la préparation. Tout ce qu'on peut faire alors, c'est de ne jamais perdre de vue le but à atteindre et de s'en rapprocher autant que possible. C'est à cela que tendront les efforts du P. de Clorivière. Dominé par des exigences intraitables, il cherche du moins à en atténuer autant que possible les fâcheux effets. Il retirera des ministères extérieurs tous ceux qu'il pourra en retirer, afin de les exercer dans une maison régulière de noviciat; et pour ceux qu'il devra laisser occupés au dehors, il les entourera de tous les secours que pourront permettre les circonstances.

Dès le mois d'octobre 1814, après un premier noviciat commun de trois mois, il avait partagé sa petite troupe en deux corps; il avait envoyé l'un dans les séminaires récemment fondés : Saint- Acheul, Soissons, Montmorillon, Bordeaux; il avait gardé l'autre auprès de lui. La formation religieuse commencée va se continuer d'une manière différente sur ce double théâtre, et c'est là que nous allons la suivre.

Après les Cent- Jours, le noviciat de la rue des Postes demeura quelque temps encore dispersé ; quand il put se réunir de nouveau, le P. Cuënet, nommé supérieur du petit séminaire de Sainte- Anned'Auray, cessa de le diriger et fut remplacé par le P. Roger, a Le P. Roger était un bon théologien, très versé dans l'exercice du ministère, surtout pour la conduite des âmes^; » il avait alors achevé en

i, LeP.de Clorivièt^e au P. Général, 15 juillet 1816.

grande partie son propre noviciat, et à part la période des Gent-Jours, il l'avait fait tout entier à Técole et sous la conduite du P. de Clorivière. C'était une bonne garantie.

Du reste, le P. de Clorivière ne se déchargea pas entièrement de la direction des novices ; il continua d'entendre leurs confessions et de recevoir leurs comptes de conscience. De plus, il leur faisait deux fois par semaine des conférences sur les règles ou sur différents points de la vie spirituelle. Le P. Roger le secondait de toute l'ardeur de son zèle, ce Malgré l'épuisement de sa santé, disait de lui le P. Yarin, il se donne des peines au delà de ce que demande sa charge \ » Peut-être même y apportait-il trop d'ardeur; c'était une fougue qui dégénérait parfois en rudesse, et avait le danger de resserrer les cœurs au lieu de les épanouir et de les dilater. Le P. Cuênet, son prédécesseur, s'était surtout inspiré de la douceur; le P. Roger, âme énergique et ardente, suivit une autre voie : il ne parlait que de victoires sur soi-même, de violence à se faire, d'abnégation.

a 11 s'étudiait surtout, dit le P. Gury qui lui succéda un peu plus tard dans son emploi, à briser et à détruire la volonté propre de ses novices; il leur inspirait des sentiments généreux et élevés, en même temps qu'il leur faisait sentir la nécessité d'une humilité profonde; il les accoutumait à la fatigue, aux privations, en leur ménageant l'occasion de faire bien des petits sacrifices, de renoncer à une foule de

i. Lettre an P. Général, 26 août 1817.

Page 1