‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 253 sur 315 · Mémoires pour servir à Ihistoire du Jcicobinisme · texte numérisé non relu

Mémoires pour servir à Ihistoire du Jcicobinisme

TexpressioD de ses sentiments de reconnaissance. vLe P. Brzozowski fut touché de cette démarche filiale et le 13 avril 1817, il lui répondit par une lettre qui est un bel éloge du nouveau profès.

a Mon Révérend Père, P.C.

« Je bénis avec vous la divine Providence de la consolation qu'elle vous a donnée en vous rappelant, après tant d'années, dans le sein de cette Compagnie à laquelle vous n'avez jamais cessé d'appartenir par les sentiments de votre cœur, après l'avoir constamment honorée par vos talents et vos utiles travaux toujours consacrés à la défense de notre sainte religion. Vous la réjouissez aujourd'hui par l'empressement et l'effusion de cœur avec laquelle vous avez renouvelé et ratifié les engagements contractés dans votre jeunesse. Vous avez bien fait voir combien ces liens vous étaient chers. J'ai fait lire votre lettre à toute la communauté pour apprendre à nos jeunes gens quelle estime ils doivent faire de leur sainte vocation. Plaise au ciel vous conserver encore longtemps, et vous permettre de vivre au milieu de cette jeunesse qui fait l'espérance de la Compagnie, pour lui rappeler ce qu'étaient les hommes qu'elle doit remplacer. Il est heureux pour la Compagnie renaissante d'avoir encore de précieux restes et d'anciens modèles propres à exciter l'émulation, à enflammer le zèle de la nouvelle génération.

«► Pour moi, mon Révérend Père, je ne saurais vous exprimer combien je reçois de consolation de votre dévouement à la bonne œuvre, et de celui de ce

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vénérable P. de Clorivière que la divine miséricorde a réser^'é pour rétablir la Compagnie en France, et concourir par ià, je l'espère, à ramener votre malheureuse patrie à sa religion'... »

Le P. de Clorivière n'était plus seul. Il avait auprès de lui, avec le P. Barruel, quelques Jésuites venus de Russie et formés sous les yeux du P. Général. De plus, le temps était arrivé où les premiers novices, les deux années d'épreuve écoulées, allaient être admis à prononcer les vœux.

La Compagnie se constituait ainsi peu à peu, et sortant de la voie d'épreuve et d'essai, elle prenait possession d'une existence stable et assurée. Il ne lui manquait plus pour avoir son plein développement, que de compter un certain nombre de profès. Dès le mois de septembre 1815, le P. de Clorivière exprima le désir que quelques-uns « des plus signali^s parmi les anciens par leur zèle, leur prudence et les services rendus, soit à l'Eglise, soit à la Compagnie, k fussent élevés à ce degré, n II me semble que, sans cela, ajoutait-il, une Province n'aurait pas toute sa perfection! »

Le P. Général ne repoussa point la proposition;

d. Le P. Barruel godla ud peu jilus de quatre ans le bonheui' d'âtre l'entré dans la Compagnie. Le P. Varin disait un jour devant lui qu'autant que possible il ne laissait mourir personne sans l'aider i, faire * Dieu le sacrifice de sa vie. n Eh bien, reprit le P. Barruel avec vivacité : Je vous somme d'en agir ainai avec moi quand le lemps sera venu, o Ce moment ne tarda guère. Le P. Varin s'approche du malade ; n Mon Père, vous voÙ8 souvenez que, tel jour, vous m'avez demandé ? — En suis-je là ? — On le croit, raon Père. — Eh bien, fiât! s Et peu de temps après, l'illustre apologiste et saint religieux s'endormait du sommeil des justes . — Souvenirs ilii P. Mamion.

mais il rappela que les Constitutions exigent de ceux qui sont admis à ce degré, non seulement de grandes vertus religieuses, mais encore une science philosophique et théologique non commune. Il évita de se prononcer sur l'époque de la profession, les règles de la Compagnie voulant que, dans le cours ordinaire des choses, personne ne soit proposé avant dix années révolues de vie religieuse. Chez ceux que le P. de Clorivière avait en vue, presque tous anciens Pères de la Foi, il n'était pas douteux que la première condition fût abondamment remplie; il restait à établir, par une épreuve spéciale, qu'ils satisfaisaient aussi à la seconde. Le P. Roger fut chargé de la rédaction des thèses à soutenir. Ces hommes déjà mûrs, depuis longtemps deshabitués des études spéculatives se remirent au travail par obéissance avec une ardeur juvénile. Le temps de la préparation écoulé, le jury d'examen fut constitué ; il se composait des PP. Fontaine, Barruel et de Grivel, tous trois Profès, et du P. Thomas, docteur de Sorbonne; le P. de Clorivière présidait. L'épreuve fut déclarée satisfaisante, et dès que les dix ans furent écoulés, les PP. Debrosse, Druilhet, Gury, Loriquet, Ronsin^ Gloriot, etc., prononcèrent leurs vœux solennels. Par une exception d'ailleurs bien justifiée, l'ancien supérieur des Pères de la Foi, le P. Varin, fit sa profession le 15 août 1818, et fut ainsi le premier profès de la nouvelle Compagnie en France.

Cependant le noviciat de Paris manquait d'air et d'espace ; les santés souffraient ou étaient exposées ; les promenades, les récréations si rigoureusement exigées par le P. Roger, quel que fût le temps ou la

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saison, n'étaient qu'une compensation insuffisante. De plus, la maison grandissait toujours en nombre; en 1817, près de quarante personnes s'y entassaient à l'étroit.

Le P. de Clorivière se préoccupait de cette situation et cherchait les moyens d'y porter remède. Il imita ce qu'avait fait autrefois saint Ignace dans une circonstance à peu près semblable. Voyant les jeunes étudiants de la Compagnie s'épuiser au milieu de leurs travaux, le saint fondateur, qui joignait k la force et à l'énergie une vraie tendresse de mère pour les siens, leur avait fait bàtirune maison de campagne, afin qu'ils pussent y venir à certains jours se reposer et se récréer; et comme quelques-uns s'étaient permis de lui dire que l'extrême détresse où l'on se trouvait laissait à peine les moyens de vivre, loin qu'il fût permis de bâtir, il s'était contenté de leur répondre : « Je fais plus de cas de la santé du moindre de mes frères que de tous les trésors du monde'. »

Inspiré par le même esprit de confiance en Dieu et de sollicitude pour les siens, le P. de Clorivière, malgré sa pauvreté qui était grande alors, acheta dès 1816 une maison de campagne à Montrouge, à côté de l'ancienne maison de campagne du noviciat de Paris. Ce fut le premier immeuble possédé en propre par la nouvelle Compagnie en France. Mais il pensait à une mesure plus décisive; c'était de transporter le noviciat en province. Outre l'avantage de dégager la maison de la rue des Postes, il y voyail

t. Vita det Patriarca S. Ignazio... Scrilta dal P. Mahiani, S. J lib. m, c. ï., p. 2(B.

celui de procurer plus facilement aux novices les œuvres de charité et d'humilité, auxquelles ils doivent être appliqués durant leur temps d'épreuve. Sur ces entrefaites, la ville de Laval qui, après la mission d'Avesnières et de la Trinité, avait fait si bon accueil à la Compagnie, s'offrit aussi à recevoir les novices, a assurant que déjà on y avait pris des moyens pour leur procurer des secours annuels*". »

Cette invitation bienveillante communiquée an P. Général reçut son assentiment, et le transfert fut décidé; il devait s'opérer au mois d'octobre 1817. Mais dans l'intervalle, le préfet du département fut changé; le nouveau fonctionnaire appartenait à ce parti trop nombreux qui dominait jusque dans les conseils du souverain, qui voulait faire la Restauration sans rompre avec les principes de la Révolution, qui affectait de voir dans la religion une puissance rivale ou ennemie, dont il importait de combattre rinduence et de refouler les empiétements. En apprenant que la petite colonie de Saint-Michel déjà trop nombreuse à son gré, allait recevoir de?^ renforts, il prit l'alarme. Quels étaient ces renforts? Les Jésuites voulaient-ils ouvrir un collège ? Le bruit avait couru en effet, et ce n'était pas sans fondement, que les habitants de Laval avaient fait des instances dans ce but auprès du P. de Clorivière.

La translation projetée n'eut pas lieu et le préfet put dormir en assurance. Laval écarté, on tourna les yeux vers Montrouge, la maison de campagne récemment achetée, à laquelle les calomnies de h

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