LIVRE VI. CHAPITRE V
presse révolutionnaire et libérale devaient faira bientôt une réputation si étrange et si retentissante. Mais ce changement souffrit des retards, et lorsqu'il se ût, l'année suivante, le P. de Clorivière n'était plus supérieur; il avait remis le pouvoir aux mains du P. Simpson.
En dehors du noviciat de Paris, il y en avait un autre, avons-nous dit, dans les collèges. Là, semblables aux Hébreux relevant les murailles de la ville sainte après la captivité, à la fois ouvriers et soldats, les novices devaient se partager entre la prière et l'action et mener de front l'œuvre de l'enseignement et celle de leur formation religieuse. Quand les premiers collèges avaient été ouverts, en 1814, il avait bien fallu y envoyer des novices. L'empressement des familles n'aurait pas souffert qu'on attendit ta fin des deux années de probation. 11 restait à diminuoE' les inconvénients de cette situation que la nécessiuavait créée.
Le P. de Clorivière eut soin d'abord de mettre ii la tête de chacun des collèges un homme déjà mûr, digne par sa vertu et son expérience de servir de maftre à ses inférieurs. En plusieurs endroits, comme à Saint-Acheul et à Forcalquier, il adjoignit :iu supérieur un autre Père spécialement chargé de la direction des novices; à Forcalquier, ce fut le P. Gury; à Saint-Acheul, le P. Loriquet remplacé en 1816 par le P. Folloppe. L'oraison, la lecture spirituelle, les examens, les pratiques de piété et do mortification, en un mot tout ce qui pouvait se concilier avec les exigences de l'enseignement et de la surveillance, fut mis en vigueur et fidèlement
observé, a Je crois pouvoir assurer, écrivait le P. de Glorivière au P. Général, que si vous voj-iez par vous-même la tenue de nos maisons, vous reconnaîtriez que le Seigneur a daigné suppléer à ce qui a pu manquer du côté des moyens ordinaires ^ » Il dirigeait et stimulait par ses lettres le zèle des supérieurs locaux; il faisait plus; il allait leur porter en personne ses encouragements et ses leçons.
Il fît ses premières visites, en 1814, à Saint- Acheul et à Soissons, et donna lui-môme les exercices de la retraite aux deux communautés; il en fit autant Tannée suivante, puis vers la fin d'octobre, il se mit en route pour le Midi. Accompagné du P. Varin et d'un Frère coadjuteur, le F. Mallet, il visita successivement Bordeaux, Montmorillon, Sainte-Anned'Auray et Laval. Il fut de retour à Paris pour les fêtes de Noël. Le courageux vieillard avait supports? vaillamment les fatigues de ce long voyage.
Cependant, il ne s'épargnait pas; il examinait les candidats, qu'on employait en qualité d'auxiliaires avant de les recevoir comme novices : il faisait des conférences à la communauté; il se rendait compte des moyens mis en œuvre pour favoriser les études et la piété, réglait les difficultés du dedans et du dehors, et ne se remettait en route qu'après avoir établi toutes choses conformément à l'Institut, et renouvelé le zèle et la ferveur de tous^. Une excellente mesure
i. Lettre du 30 décembre 1816.
2. A Bordeaux, le petit et le grand séminaire occupaient la même maison. Celui-ci, qui était dirigé par les Sulpiciens, se développant rapidement, Mgr d*Aviau se vit dans la nécessité de réclamer nnc m partie du local qui avait été affecté au petit séminaire. Le P- ^^ 1
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avait été arrêtée pour compléter ces différents moyens; c'était de n'admettre les novices aux premiers vœux qu'après la grande retraite d'un mois. Ceux qui n'avaient pu satisfaire à cette condition avant d'âtrc envoyés dans les collèges, étaient appelés à Paris à l'époque des vacances, et la plus grande partie de ce
Cloriviâresc trouvait alors à Bordeaux. It se prêta de bonne gi'ri<:<: aux désirs du prélat, et de concert avec le P. Debrosse, il arrêta 1.1 diatribulioD de ce qui avait été conservé. Mais dès l'année suivault, au temps de Pâques, il fallut se retirer tout à lait et abandonner ait grand séminaire la jouissance entière du local. Un vaste établisse' mcnl avait été récemment construit en vue d'y élablir un dépAt dt.mendicité : différentes circonstances l'ayant laissé sans usafe, hpréfet du département le mita la disposition du petit séminaire, vl les Pères y demeurèrent jusqu'en 1828.
A Monlmorillon, il y avait des difTicullés d'un autre genre. A \a suite d'un contrat dont les bases n'avaient pas été nettement arrêtées, les Pères subissaient des conditions peu conformes A l'Institut, et qui gSnaient leur liberté dans le gouvernement et la direction ilu collège. Ainsi, c'était un grand vicaire qui était administrateur des revenus de la maison ; les Pères recevaient des appointements de trois cents francs par an. De plus, deux d'cnlre eux devaient aller, Ions les dimanches, dire la messe, prêcher et confesser dans di?u\ paroisses voisines qui étaient sans prêtres. Le grand vicaire les a^nil Ëiit nommer desservants; il percevait leurs appointements : six cent^ francs, et versait celte somme dans Ja caisse du diocèse. Le P. île Cloriviére déclara, pour nepas brusquer la situation, qu'il consentiiit à laisser les choses en l'état pendant l'année commencée, mais que ee terme écoulé, a il faudrait nécessairement un arrangement plus convenable, e
n n'eut que des consolations à Sainte-Anne rt'Auray ; Mgr l'évêque ' lui fil l'accueil le plus gracieux. Il n'est pas possible, éerit-il d.ins son compte rendu au P. Général, d'être plus dévoué à notre Compagnie. Il ne peut se lasser de parler avec admiration des bénédictions que le Seigneur a répandues, en si peu de temps, sur cctl<' maison de Sainle-Anne. Il m'a fait les plus grands éloges de la conduite des Nôtres et surtout du supérieur, le P. CuËnct, dont il ,-e loue particulièrement... •
temps de repos était consacrée par eux à cette importante épreuve. Après les fatigues souvent excessives de Tannée, ce n'était pas un petit sacrifice. Le P. Roger, toujours austère et porté à la rigueur, ne paraissait pas se mettre en peine de Tadoucir. Aux vacances de 1816, les supérieurs des maisons de Saint-Acbeul, de Bordeaux, de Soissons et de Montmorillon étaient arrivés, le même jour et presque à la même heure, avec un certain nombre de Pères. Rien n'était plus naturel, ce semble, que de leur laisser quelque temps pour se reposer du voyage et se faire part les uns aux autres, après une si longue séparation, de leurs travaux, de leurs succès, de leurs espérances pour l'avenir. Le P. Roger aima mieux leur donner l'occasion de faire un acte de renoncement; arrivés à midi, il les mit en retraite à six heures du soir.
Cependant, malgré toutes les précautions prises, cet état de choses était plein d'inconvénients, et dans toutes ses lettres, le P. Général ne cessait de faire part au P. de Clorivière de ses préoccupations.
Mais que faire? 11 ne pouvait pas être question de fermer les collèges déjà ouverts, ni de leur refuser le personnel dont ils avaient besoin. Une seule voie se présentait; c'était de s'abstenir d'accepter des charges nouvelles et de se renfermer scrupuleusement dans les limites déjà occupées. Mais ici encore on se trouvait en face de plus d'une difficulté. Les demandes étaient nombreuses, et elles étaient faites avec une insistance à laquelle il paraissait comme impossible de se soustraire. A Toulouse, les Pères