LIVRE VI. CHAPITRE V
étaient « appelés avec une espèce d'enthousiasme ^ ; » à Marseille, les sollicitations n'étaient pas moins vives. A Mayenne, près de Laval, le maire écrivait lettres sur lettres pour conjurer le P . de Clorivière de ne pas se refuser aux vœux ardents de toute la ville; il dressait le contrat d'acquisition d'un grand édifice avec ime belle église et de vastes jardins. Des troupes d'ouvriers venaient s'offrir pour travailler gratuitement aux réparations. Le P. de Clorivière se laissa gagner et promit d'envoyer quelques Pères.
Le P . Général l'apprend avec regret : « Je ne vois pas, disait-il, où vous pourrez prendre les sujets nécessaires pour satisfaire à cette nouvelle obligation. » Il appuie sur la nécessité de ne rien retrancher aux deux années de noviciat. « Ce qui m'effraie surtout, c'est que je ne conçois pas comment des jeunes gens, surchargés de travail et distraits par les études, pourront se former à l'esprit de l'Institut. . . Que des prêtres ne fassent qu'une année de noviciat, et quelquefois même, pour de bonnes raisons, un peu moins, je ne le trouve pas mauvais, et saint Ignace lui-même l'a autorisé par son exemple ; mais que des jeunes gens qui ont besoin d'être consolidés dans la vertu, soient privés de ces deux années que notre saint fondateur a si sagement établies, c'est ce que je ne puis approuver. » Il terminait par un mot d'encouragement : « C'est à vous, mon Révérend Père, que la Compagnie devra son rétablissement en France; ne négligez rien pour donner de la solidité à votre ouvrage. L'avenir est entre les
i. Letfre au P. Général, 20 août 1816.
mains de Dieu ; mais nous devons faire ce qui dépend de nous, et imiter notre saint Père Ignace, qui en travaillant pour les besoins présents, avait toujours en vue de perpétuer le bien jusqu'aux temps les plus éloignés'. »
En présence de cette volonté si nettement exprimée, le P. de Clorivière ne pensa plus qu'à se dégager, a N'en doutez pas, écrivait le P. de Grivel au P. Brzozowski, il se conformera à vos intentions, car son obéissance est parfaite. » Pour mieux assurer lui* même sa soumission, et écarter des intercessions contre lesquelles il craignait d'être mal armé, il refusa de discuter l'affaire avec son conseil, et il lit parvenir à la ville de Mayenne, avec Texpression de ses regrets, un refus catégorique.
Différentes propositions se firent jour encore sur divers points : la ville de Toulouse essaya de reprendre les négociations un moment interrompues; aux environs de Paris, à Gonesse, le comte d'Arnouville et Mgr de Machaut, son frère, ancien évêque d'Amiens, offrirent, pour en faire un petit séminaire, leur château et ses dépendances. Le P. de Clorivière fît partout la même réponse, et si séduisantes que fussent les offres, si vive que fût sa douleur envoyant la jeunesse, faute de mattres chrétiens, perdre ou exposer dans les écoles officielles ses mœurs et sa foi, il ne se laissa pas ébranler; et à partir de cette époque aucune nouvelle maison ne fut fondée ,
Cette promptitude et cette perfection d'obéissance touchèrent vivement le cœur du P. Général, et comme