‹ Histoire du R.P. de Clorivière, de la Compagnie de JésusChapitre 266 sur 315 · LIVRE VI. QHAPITRE VK · texte numérisé non relu

LIVRE VI. QHAPITRE VK

éclater qu^un moment favorable, a Quand ils rencontrent dans les rues un ecclésiastique, écrivait le P.- 4e Grivel, ces hommes ne disent rien, mais ils le regardent avec l'air expressif, profondément haineux, de gens qui nous abhorrent. . . Ils me feraient grand peur, si je ne pensais au texte : Qui habitat in cœlis irridebit eos, et Dominus subsannabit eos^. ».

La Compagnie avait d'autres enaemis, d'allures moins sauvages, mais non moins irréconciliables. C'étaient ces hommes dont nous avons déjà parlé, héritiers en politique et en religion des principes de la philosophie du XVIIP siècle, révolutionnaires modérés, à qui Texpérience n'avait rien appris, qui redoutaient sur toutes choses une restauration complète et qui, pour maintenir les fameuses conquêtes de la Révolution, étaient toujours prêts à sacrifier les droits de l'Eglise et ceux de Dieu.

Les lois de suspicion, portées par le pouvoir qui venait de tomber, contre la formation de nouvelles congrégations religieuses ou le rétablissement des anciennes, étaient soigneusement maintenues ou parcimonieusement abrogées. La Compagnie de Jésus ji'essaya pas de se faire reconnaître; elle se contenta d'user du droit commun consacré par la Charte. Cependant on raconte qu'en 1815, après la bataille de Waterloo, l'ancien évêque d'Autun, le prince de Talleyrand, président du Conseil, s'entretenant un jour avec Louis XVIII des moyens à employer pour pacifier les esprits et consolider la monarchie, n'avait

1. Celui qui habite dans les cieux se moquera d'eux, et le Seigneur les tournera en dérision. (Ps. ii, 4.)

' pas craint de lui proposer la reconnaissance officielle de la Compagnie : « Sire, lui avait-il dit, Votre Majesté espère se maintenir aux Tuileries; il importe donc de prendre ses précautions. Une sage et forte éducation peut seule préparer les générations nouvelles à ce calme intérieur dont chacun proclame le besoin. Le remède le plus efficace pour y arriver sans secousse, c'est la reconstitution légale de la Compagnie de Jésus ^ » Cette idée était partagée par d'autres membres du gouvernement; des instances très vives furent même adressées au P. de Clorivière pour Tencourager à consacrer tous Bes soins à l'éducation de la jeunesse; on lui donnait à espérer que, lorsque la Compagnie aurait assez étendu et -fortifié son enseignement pour être en mesure de tenir en échec l'influence de l'Université, elle pourrait être publiquement reconnue'.

Le projet n'aboutit pas ; il tomba avec le prince de Talleyrand qui l'avait proposé : nous verrons comment il fut repris plus tard par un autre ministre^ mais sans plus de succès.

Cependant Louis XVIII aimait et estimait les Jésuites. Dans leurs lettres, ceux-ci rendent fréquemment hommage à la bienveillance de ses sentiments. Le P. de Clorivière lui avait demandé de vouloir bien entourer de sa protection l'Ordre qui commençait à renaître. Louis XVIII lui fit répondre par son aumô-

1. CRÉTiNEAUnJoLT : Histoire de la Compagnie de Jésus, 2^ édit., T. VI, ch . III, p. 99.

2. C'est une des raisons que le P. de Clorivière faisait valoir auprès du P. Général pour rendre compte de la multiplicité des collèges. {Lettre du 28 novembre 1845.)

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